Le Nez Bavard, première rencontre : Le Cuir – Imaginaire olfactif

Très chers tous !

Le temps de la première rencontre de bavardages olfactifs a enfin sonné. Pour cette première rencontre, je vous propose de nous retrouver autour du thème du Cuir : Du magasin de chaussure à la boutique SM en passant par la maroquinerie, venez découvrir le cuir en parfumerie.

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Afin de connaître le meilleur moment pour organiser ce premier rendez-vous, je vous propose deux dates en juillet : les dimanches 13 ou 20 juillet. La rencontre est limitée à 15 personnes, celle qui remportera le plus de votes sera donc choisie ! Vous avez jusqu’à dimanche soir, 29 juin pour voter.

 

Le prix de la rencontre s’élève à 25 euros par participant, incluant le petit déjeuner, pour 2h30 d’animation, d’olfaction et de discussions ! Edit du 25/06/2014 : Comme on me l’a très justement fait remarquer, j’avais oublié de mentionner la ville où se tiendra la rencontre ! Mille excuses ! Elle aura donc lieu à Paris dans un lieu qui reste à définir, et que vous connaîtrez lundi ou mardi. Il n’est pas exclu que d’ici quelques mois, si les choses se passent bien, Le Nez Bavard déplace ses rencontres dans différentes villes de France, si les participants sont assez nombreux. Ce serait effectivement un grand plaisir de venir directement vous voir pour échanger avec vous !

L’ouverture des inscriptions aura lieu lundi prochain sur le site Weezevent sur lequel vous pourrez confirmer votre inscription et procéder au règlement.

J’espère vous voir nombreux pour cette première rencontre qui, j’en suis sûre, n’est que la première d’une longue série ! En attendant, n’hésitez pas à poser vos questions dans les commentaires ci-dessous, où en envoyant vos questions à l’adresse suivante : contact[at]lenezbavard.com.

À très bientôt !

Poivre Bleu présente : Le Nez Bavard, Café Parfum

C’est un peu avec le trac que je commence ce nouvel article sur Poivre Bleu, car il ouvre probablement une nouvelle page de mon histoire de perfumista, et une nouvelle page de la vôtre, je l’espère aussi.

Alors voilà : après plusieurs années de réflexions, j’ai fini par comprendre que l’idée fixe qui hantait mon cerveau depuis 2010 devait aujourd’hui prendre forme et se matérialiser en un véritable projet, en accord avec ma passion et mes aspirations. J’aime le parfum. J’aime en parler et j’aime le partager. Cet espace a d’ailleurs été créé pour cela il y a plus de sept ans maintenant, et le temps est probablement venu de faire sortir cette passion de l’espace numérique qui est le sien aujourd’hui et lui permettre de se matérialiser et de se diffuser dans le monde réel.

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C’est pour cette raison que “Le Nez Bavard, Café Parfum” a été créé : un nouveau concept de partage et d’échange autour du parfum et de l’olfaction. Le Nez Bavard vous propose de vous réunir, selon un calendrier à définir, pour des sessions d’échanges et de partage, en toute simplicité. L’idée de ces réunions est de libérer la parole autour du parfum, pour permettre à la culture autour de cet univers de se développer et se diffuser dans le public. Dans un lieu propice à l’échange et à la convivialité (un café ou un salon de thé selon les sessions), les experts parfums du Nez Bavard animeront des petits groupes autour d’un sujet défini à l’avance. Que vous soyez débutant ou confirmé, ces rencontres sont faites pour libérer votre parole autour du parfum et vous faire découvrir ce monde sous un angle de partage et d’échange ! Organisées autour d’une thématique générale ou particulière et guidées par un ou plusieurs experts parfums à chaque fois, les sessions vous permettront :

  • De développer vos capacités olfactives et de construire votre vocabulaire de description des odeurs, grâce à la découverte de matières premières naturelles et synthétiques
  • D’apprendre à exprimer vos émotions et vos ressentis face à un parfum
  • D’enrichir vos connaissances sur les parfums et leur histoire
  • D’apprendre à analyser un parfum mais aussi comprendre la portée artistique de “l’objet olfactif”
  • De faire de véritables choix conscients, lors de vos achats en parfumerie, basés sur les qualités du parfum
  • De rencontrer d’autres passionnés et d’échanger avec eux de vive voix !

Partant du constat que les émotions et les sensations liées aux parfums sont mal exploitées aujourd’hui par le monde moderne, Le Nez Bavard a pour ambition de vous faire découvrir les joies et les plaisirs immenses que peuvent procurer les parfums et les odeurs, au-delà des clichés et des lieux communs, dans un cadre convivial et détendu, pour vous ouvrir les portes d’un monde où la beauté et l’art se portent à même la peau, pour votre plus grand bonheur.

Pour connaître les dates et thèmes des prochains rendez-vous, et dans l’attente de la mise en ligne du site, je vous invite à vous rendre sur la page Facebook du Nez Bavard, et à y poser toutes vos questions !

Comme on fait son lit on se parfume / MySweetRoom se met au parfum

“Finalement, la chambre, c’est peut-être le meilleur moyen de connaître quelqu’un ?”

Vous savez que n’importe quel prétexte d’association olfactive avec un accessoire, un objet, un endroit, un élément de la vie courante est toujours bon à prendre pour moi qui aime jouer avec les justes concordances en matière de parfum… Un jour, je vous ferai sûrement une association parfum-vernis… Mais en attendant, c’est le concept innovant de MySweetRoom et son système de rencontres par le jeu à travers la chambre qui m’ont inspirée.

Et donc, MySweetRoom, c’est un site de rencontres en ligne, mais un peu (beaucoup) différent de ce que vous avez vu jusque là et qui vous propose de vous amuser et de jouer pour faire des rencontres. Tout se passe autour de votre chambre, au départ plutôt impersonnelle, que vous arrangez et décorez à votre goût en gagnant des sweetiz (monnaie virtuelle) et en allant toquer à la chambre de vos voisins pour lier contact… et visiter leur chambre, donc !

Car oui, la chambre est finalement l’un des endroits où vous passez le plus de temps (on passe un tiers de notre vie à dormir, oui oui !), un endroit où il est primordial de se sentir bien et en sécurité, un endroit qui abrite votre intimité, et donc votre personnalité ! Alors, à la recherche d’un nouveau thème amusant pour un billet parfum-accessoire, j’ai donc décidé de mettre en avant le projet de Baptiste et Valentin, les deux fondateurs, dans ce billet. Au passage, on signalera que Valentin pleure à chaudes larmes son Gucci Pour Homme, signé Michel Almairac, sauvagement supprimé par la marque faute de ventes… Alors, que dit votre chambre de vous, et de vos goûts en parfum ? Allons voir quelques exemples…

Sultane-du-bon-goutLa Sultane du bon goût / Lady Million de Paco Rabanne : Je commence par là parce que c’est facile… et que c’est l’occasion non ? Nous savons, vous et moi, que la direction des parfums Paco Rabanne ne cherche plus, depuis longtemps, à donner l’illusion de l’élégance ou du vrai luxe avec ses parfums. On verra donc pour cette chambre un parfum aussi simpliste, synthétique et sans profondeur que cet empilement criard de dorures clinquantes, de meubles conçus en dépit de tout sens esthétique et de matières chères pour être chères.

Fabrique-a-histoireLa fabrique à histoires / Habanita de Molinard : La tente dans la chambre, construite avec deux chaises, un édredon et quelques coussins, c’est le meilleur endroit du monde ! Celui où l’on préfèrera dormir plutôt que dans notre lit, parce qu’on y rêvera mieux et plus fort, transporté par les histoires de nos livres, musiques et films préférés… Et pour vous accompagner, un parfum aux circonvolutions incessantes, à l’aura changeante et un peu magique, aux notes doucereuses et enchanteresses de baumes, de bois et d’encens : Habanita.

Repaire-du-rockeurLe repaire du rockeur / Gentleman de Givenchy : Vous l’entendez, la guitare de Jimmy Hendrix qui vous gratte les oreilles pendant que votre mégot fume dans le cendrier ? La chambre est remplie de vieilles couvertures de journaux, de photos, de posters et de trouvailles des pays visités. Le jeune homme assis sur les plaids mexicains râpeux a les cheveux un peu gras et mériterait une bonne coupe de rafraîchissement. Partout où il va, le sillage intense, un peu sauvage, cuiré et boisé de Gentleman de Givenchy le suit. Comme son parfum, il est un peu brutal, mais sincère… et touchant.

AquariumL’Aquarium / Épice Marine d’Hermès : Le monde marin est fascinant, notamment par le silence étrange qui règne dans ses profondeurs. A défaut de pouvoir se prendre pour une sirène au milieu de tous ces poissons, vous pourrez rêver que vous naviguez, cheveux au vent, respirant à pleins poumons l’air salé, le soleil et l’iode du large, à la recherche d’épices rares, comme le cumin anisé, boisé et chaleureux de cette Épice Marine. Une voyageuse non habituée à la note marine en parfum mais qui surprend par sa franchise et sa justesse dans le trait, comme d’habitude chez Jean-Claude Ellena.

Studio-etudianteLe studio de l’étudiante / L’Eau Lente de Diptyque : La douceur des lumières, le mélange des motifs de tissus, le gobelet Starbucks et le livre de peintures ouvert sur le lit en désordre, suggère la chambre d’une jeune étudiante américaine en Arts Plastiques. Sa chambre a quelque chose de mélancolique et on l’imagine bien, des heures durant, observer les étudiants du campus jouer sur l’herbe verte que l’on aperçoit par la fenêtre. Ses goûts olfactifs ont quelque chose de méditatif, et L’Eau Lente, par la douceur baumée de son oppoponax et ses épices, répond à son besoin d’introspection, qui l’aide à créer et à dessiner…

Modernite-ennuyeuseLa modernité ennuyeuse / Escale à Pondichéry de Dior : Les décors épurés aux lignes design sont belles sur papier glacé, mais dans la vraie vie, c’est surtout réservé à une catégorie de personnes dont la tête semble aussi vide que leur appartement sans poussière et sans superflu : ennuyeux. Tout est lisse, bien rangé, bien placé… Résultat, on se demande si des êtres humains vivent réellement dans cette maison. Et avec ça, on imagine donc aisément un parfum frais, mignon, bien construit, mais inutile, sans propos et sans empreinte : une Escale à Pondichéry par exemple, dans le plus pur style de Dior actuel (c’est à dire le style condescendant qui se moque du respect de ses clients et de ses concurrents.)

Morceau-de-cielLe morceau de ciel / l’Éther de IUNX : Le minimalisme ne rime pas toujours avec ennui. Parfois, il suffit de savoir apporter une touche réellement personnelle à une pièce pour que l’on s’y sente bien, sans que le décor soit foisonnant. Rapporter un bout de ciel dans sa chambre, c’est se rappeler les heures passées à regarder les nuages, couché dans l’herbe en été, en s’imaginant sauter de l’un à l’autre. La pureté nostalgique et un peu métallique de l’Éther et de son encens blanc crème, colle bien à cette ambiance un peu industrielle, que l’on réchauffe par des textures et des matériaux réconfortants.

chambre-princesseLa chambre de la princesse / Après L’ondée de Guerlain : On conclut sur une chambre… que toutes les jeunes filles ont sûrement rêvé d’avoir un jour dans leur vie. Oui, c’est un peu Cul-Cul-La-Praline, mais on y trouve la douceur et l’intimité que mérite une vraie princesse. Après s’être coiffé les cheveux, elle peut alors s’envelopper du nuage poudreux, pastel, délicat et à peine piqué de clou de girofle d’Après L’Ondée, en attendant… l’heure du dîner !

Et vous, quel parfum verriez-vous avec ces chambres ?

Le Nouveau Poivre Bleu est arrivé !

Et le voici enfin !

Vous l’aviez attendu (moi aussi!), voici la nouvelle version de Poivre Bleu, qui est un peu aussi une nouvelle version de moi-même. C’est en tout cas un changement qui m’aura permis d’améliorer tout un ensemble de choses importantes, et qui me ressemble bien mieux aujourd’hui. Petite visite guidée :

Lecture :

  • Les polices de titres et d’écriture ont été changées pour plus de personnalisation, mais aussi pour un meilleur confort de lecture. Pour aller dans ce sens, l’espace de lecture a été agrandi et le fond éclairci pour une meilleure lisibilité.
  • Poivre Bleu est désormais totalement responsive (hein ?) ou plutôt conçu en design adaptatif, c’est-à-dire que les pages s’adaptent à tous les supports sur lesquels vous pourriez les consulter : mobile, tablette, ordinateur, la mise en page se réduit et se réorganise en fonction de la taille de votre écran : ainsi la lecture et la navigation sont grandement facilitées.

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Navigation : 

  • Un “Fil d’Ariane” a été mis en place pour vous permettre de vous repérer dans le site et revenir à la section précédente plus facilement le cas échéant.
  • Pour vous permettre une navigation plus fluide et plus claire, vous retrouverez dans la barre de menu en haut, les catégories les plus utiles, à savoir la liste des familles olfactives et les billets à thèmes (art, accessoires ou matières premières) selon que vous ayez envie de vous amuser ou d’en apprendre plus sur une matière. Vous retrouverez bien sûr toutes les catégories dans la colonne de droite.
  • A ce sujet, vous trouverez aussi de nouvelles pages informatives, à savoir la présentation de mon Répertoire de matières premières, divisé en MP naturelles et MP synthétiques, qui est mon petit carnet d’évocations personnelles, ainsi qu’un recueil d’informations techniques ou historiques (lorsque j’en ai) sur les matières premières. J’ai voulu le partager avec vous, à la fois parce que je trouvais cela amusant et enrichissant, mais aussi pour vous montrer que les associations olfactives sont quelque chose de très personnel, mais qu’il n’est pas impossible de les partager, et qu’au contraire, c’est en échangeant ses ressentis sur une matière que l’on apprend à mieux la comprendre.
  • La page “Critiques” a été divisée en 3 parties : une page de présentation, une page pour les critiques parfums et une pour les critiques maison.
  • La page “Glossaire” a été allégée des entrées sur les matières premières (rapatriées dans les pages MP) pour se concentrer sur les termes techniques et spécifiques de la parfumerie.
  • Enfin, toutes ces pages sont agrémentées d’un alphabet en haut de page qui vous permettra de vous rendre directement où vous voulez dans la page.

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Echange :

  • Un formulaire de contact est désormais à votre disposition dans la rubrique “Contact” si vous souhaitez me contacter pour une demande particulière. Autrement, vous pouvez toujours utiliser l’enveloppe dans la colonne de droite, dans le bloc “Poivre Social”.
  • Vous retrouvez mes comptes sociaux dans ce bloc en haut à droite. Vous pouvez désormais me suivre sur Instagram sur le compte suivant : http://instagram.com/poivrebleu
  • Enfin au bas de chaque article, découvrez désormais une sélection de billets e n relation avec celui que vous venez de lire, et qui sera susceptible de vous intéresser.

Et je crois que nous avons fait le tour !

N’hésitez pas à aller farfouiller dans le site, vous pourriez peut-être découvrir de nouvelles choses ! De la même manière, je serai ravie d’avoir votre avis sur ce nouveau design, qui je l’espère, vous plaira autant qu’à moi !

A très bientôt !

Brève de flacon : Anaïs Anaïs se relance et réécrit son histoire

Publicité pour Anaïs Anaïs de Cacharel - Années 80
Publicité pour Anaïs Anaïs de Cacharel – Années 80

Hier, accompagnée des délicieuses personnes que sont Opium et Newyorker (dont vous suivez sûrement les écrits sur Auparfum), je suis allée faire un tour au Sephora des Champs-Elysées, pour une petite mise à jour de la base de données “Nouveautés 2014” de mon cortex cérébral. Ces visites s’accompagnent parfois de bonnes surprises, mais beaucoup plus souvent hélas, de déceptions et de découragements, dont un en particulier hier, nous a tout de même bien cloué au sol : cela s’est passé chez Cacharel.

Finalement, on dirait que Dior n’est pas la seule maison a réécrire son histoire comme bon lui semble. À l’occasion de la sortie du nouveau flanker de la gamme : Anaïs Anaïs Mon Premier Délice (qui n’est rien d’autre qu’un yaourt à la fraise déprimant de stupidité), L’Oréal et Cacharel donc, ont relancé Anaïs Anaïs en EDP et EDT maintenant repérables grâce au sous-titre “L’Original”. Pourquoi pas après tout, c’est la tendance en ce moment de capitaliser sur son passé, et c’est un choix très judicieux lorsqu’il est bien exécuté et qu’il respecte le passé en question. On peut citer en vrac : la maison Jean Patou avec les magnifiques rééditions de l’Eau de Patou, Patou Pour Homme et surtout de Chaldée en 2013, mais aussi Carven pour sa splendide réédition de Ma Griffe ou encore Guerlain pour le travail effectué depuis plusieurs années sur ses grands classiques. Mais chez l’Oréal, les yeux brillants de sirop de sucre depuis 2012, c’était probablement trop demander.

Si Anaïs Anaïs et Loulou ont vraiment été les grands succès de Cacharel dans les années 80, suivi en 1998 par Noa, la maison patauge dans les échecs commerciaux, hormis Amor Amor en 2003 qui est maintenant une vieille maman à la peau du ventre toute distendue vu la ribambelle de rejetons gavés au glucose qu’elle a mis au monde.

Or, les temps sont durs, le repli et la capitalisation sur les références qui existent déjà semble être le mot d’ordre à suivre en parfumerie depuis déjà quelques années. Le vintage a le vent en poupe ? C’est l’occasion de ressortir les vieilleries du placard, de les faire passer au bistouri et pourquoi pas de les réadapter (prétenduement) aux goûts olfactifs du jour, ni vu ni connu, en transformant sans malaise aucun et sans regrets son histoire olfactive. Peu importe que l’on jette avec l’histoire d’une génération entière qui aura pu s’y attacher. “C’est pas bien grave”, ont du se dire les décisionnaires, “plus personne ne met Anaïs Anaïs aujourd’hui et de toute façon maintenant on change de parfum comme de yaourt. D’ailleurs on va faire un partenariat avec Danone pour le prochain AA, ça va créer des synergies” (hochement de tête convaincu).

Vous vous souvenez d’Anaïs Anaïs ? Cette jacinthe virginale verte et mordante accompagnée par un riche bouquet floral trompeur de fleur d’oranger et de rose épicées, posées sur un fond boisé ? Et bien oubliez-la ! Elle n’existe plus, elle sentait trop “la vieille”… Maintenant, Anaïs Anaïs sent le Mustela (à part ça j’adore le Mustela) ! Oui, oui, une fleur d’oranger enfantine cotonneuse à l’écriture simplifiée pour que la génération actuelle puisse facilement et rapidement la comprendre, parce que bon hein, pas le temps d’expliquer, c’est trop long. Juste un autre innocent “sexy-clean” parfait pour une génération gavée à la nourriture sans goût, qu’elle soit intellectuelle ou matérielle. Une pauvre petite jacinthe décharnée, débarrassée de toutes ses notes (vraiment) vertes et cinglantes, sort vaguement la tête, mais avec tous ces voiles de muscs, ce n’est pas simple, et en fait, on ne la sent pas.

On aura du mal à me faire croire que cette reformulation a uniquement à voir avec les réglementations en

Campagne pour Anaïs Anaïs Mon Premier Délice de Cacharel
Campagne pour Anaïs Anaïs Mon Premier Délice de Cacharel

vigueur. Non, il s’agit plutôt d’une des plus grandes opérations d’opportunisme jamais tentée pour permettre à Cacharel de redéfinir et repositionner clairement son image pour une clientèle jeune et adolescente, celle qui faisait son fond de commerce depuis les années 80. Clientèle qui a été totalement phagocytée par le positionnement d’autres concurrents dans les années 2000 et achevée en 2006 avec Nina de Nina Ricci. Cacharel veut redevenir LA marque du premier parfum de jeune fille avec un positionnement des prix très clair : Mon Premier Délice est à 29€ les 30ml et 39€ les 50ml. Et pour la partie olfactive, quoi de mieux que de faire appel au fournisseur qui signe tant de succès chez le concurrent, j’ai nommé : Firmenich (représenté ici par Olivier Cresp et Dora Baghriche). Je ne sais pas depuis combien de temps les reformulations de l’EDT et de l’EDP existent. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui en 2014, avec leur appellation “L’Original”, elles n’ont absolument plus rien à voir avec la formule de 1978, et sont beaucoup moins riches en texture, en diffusion et en profondeur, et sont donc par dessus le marché, probablement beaucoup moins chères à produire.

Malheureusement aussi en 2014, l’opportunisme semble être une valeur plus importante et valable que l’honnêteté intellectuelle et le respect de ses clients. Mais je crois que le pire dans cette affaire, c’est que j’ai toujours détesté Anaïs Anaïs, et cela me fait franchement rire. Cette espèce de fausse jouvencelle perdue dans ses voiles de jacinthe et de fleur d’oranger n’a jamais su me convaincre par sa prétendue innocence, son romantisme mièvre et son teint de porcelaine. D’ailleurs au passage, la nouvelle campagne me sort par les yeux exactement de la même manière, bien qu’elle ait été dirigée par une touchante et talentueuse jeune photographe, Olivia Bee. Je crois que je n’ai pas la fibre romantique… Je préfère Loulou, de loin. D’ailleurs, mes très chères lectrices et chers lecteurs, ne vous y tromper pas, le prochain sur la liste à passer au Botox et au lifting sauvage, c’est Loulou, alors préparez-vous au massacre.

Et ainsi se termine cette brève de flacon qui n’en est plus DU TOUT une.

Beige et son extrait – Chanel

Beige EDT - Chanel
Beige EDT – Chanel

A l’occasion de la sortie inédite de trois extraits de parfums existants alors sous une version Eau de Toilette dans la collection des Exclusifs, Sarah de Flair, Patrice de Musque-Moi ! et moi-même avons eu envie de vous proposer une revue croisée de 1932, Beige et Jersey pour votre plus grand plaisir.

A l’heure des restrictions budgétaires et des changements d’habitudes de parfumage, Chanel est une des rares maison de parfumerie à maintenir à son catalogue une gamme conséquente d’extraits de parfum, cherchant ainsi à continuer de proposer des produits de grande qualité, mais aussi de perpétuer cet art du parfumage à la française. On compte désormais sept extraits dans la collection des Exclusifs, et quatorze au total, en prenant en compte les grands public. Quintessence de la fragrance, l’extrait est bien souvent la version la plus fine, la plus ciselée d’un parfum, permettant de s’immiscer au cœur de son âme, pour percevoir sa beauté en trois dimensions, et que ces derniers extraits de Chanel nous on permis d’expérimenter.

Beige de Chanel fait partie de ces parfums qui font “jaser” certains amateurs, car certainement plus accessible et moins conceptuel ou complexe que d’autres, en particulier dans la gamme des Exclusifs. Trop simple, lorgnant du côté des produits fonctionnels peut-on entendre parfois. Pourtant, Beige est un parfum qui m’a rapidement conquise lorsque je l’ai senti, me projetant presque immédiatement dans une luminosité douce, poudrée, aérienne et vaporeuse. A l’image de la couleur qu’il invoque, Beige déploie la simplicité du naturel, comme une peau nue, et raconte son histoire sans fioritures certes, mais avec beaucoup de finesse. Cependant, il n’évoque pas la peau de prime abord, mais la laisse être suggérée, notamment dans la note indolée du jasmin dans la version extrait.

Bien qu’il soit présenté comme un bouquet de freesia et de frangipanier (ce qu’il est en partie), Beige

Mimosa - CC Daameriva sur Flickr
Mimosa – CC Daameriva sur Flickr

m’évoque surtout, par sa trame souple et poudrée, ainsi que par ses effets “en suspension” dans l’air, les pompons des fleurs de mimosa. Son éclat jaune doré, sa fraîcheur initiale suivie par une note saturée de pollen et doucement miellée figurent la fleur dans son ensemble et l’impression qu’évoque le parfum du mimosa, la note un peu grasse mise en sourdine. Et avec ces effluves délicats, j’ai en tête la sensation d’être submergée par la beauté époustouflante de la floraison solaire de ces arbres, dont on ne sait si on doit en rire de bonheur ou en pleurer, face à cette explosion de vie éphémère et spectaculaire. C’est pour cela que j’aime Beige : pour ses instants de naturel où rien ne peut remettre en cause la beauté de ce que l’on voit et de ce que l’on perçoit. Et, hors saison, je peux à loisir m’offrir une petite floraison sur mon poignet, et l’agrandir à l’infini en fermant les yeux.

La trame du parfum est ciselée et soigneusement ourlée, à l’image d’une belle étoffe de coton, que l’on aime porter pour sa douceur et son confort incomparable. Absent de la composition, la note mimosa est recréée à partir d’un accord aubépine et accompagné de l’assemblage du jasmin, de l’ylang, ainsi que de notes amandées (fève tonka, héliotropine) et d’une pointe de miel. Il laissera d’ailleurs sa place, au fil de l’évolution au caractère plus marqué du jasmin et de l’ylang, notamment dans l’extrait, tout en gardant sa douce présence poudrée en filigrane.

Par son rendu, Beige est définitivement un parfum de printemps, dont la lumière et la couleur vous rendent aussi heureux que si vous pique-niquiez sur l’herbe à l’ombre de l’un de ces arbres en fleurs. C’est un parfum pour les élégantes à la taille souple, qui n’aiment pas trop en faire, et apprécient avant tout la beauté de la simplicité, la peau fraîche et sans fards. Un parfum pour celles qui se délectent des manifestations spontanées de la nature qui les entoure. Un parfum en définitive totalement Chanel, dans la forme comme dans l’esprit.

Si l’Eau de Toilette de Beige développe un peu plus nettement l’aspect poudré-pollen de la note, l’extrait de parfum apporte lui une luminosité et une profondeur intenses qui achèvent de rendre ce parfum définitivement séduisant. Les deux concentrations développent pour moi le même propos printanier, une promesse de joie et de sourires que l’on aime retrouver année après année, comme une continuelle renaissance.

Retrouvez les articles de Sarah et de Patrice pour Jersey et 1932 ci-dessous :

L’Extrait de Parfum de Jersey de Chanel

1932 – Chanel : Eau de Toilette et Extrait lumineux

Sources photos : Chanel et Flickr

La Panthère – Cartier : la sensation du gardénia

Si vous deviez imaginez une sensation tactile en regardant un gardénia, que ressentiriez-vous ? Un mélange de torpeur moite qui rendrait votre peau humide, et l’impression étrange de ressentir sur la pulpe de vos doigts, sur vos mains et vos bras un air velouté et épais, presque saisissable ? Ou encore, l’impression sourde de plonger vos bras et votre corps dans une grande jarre remplie d’un lait corporel blanc, lourd et parfumé ? Ou plutôt la sensation de votre corps plongé dans la mer tiède et dense qui enveloppe votre corps au crépuscule pour un dernier bain ? Vos mouvements sont amples, le temps s’est ralenti, votre conscience se répand lentement autour de vous, dans la vision de cette fleur qui semble, à tous points de vue, altière et insaisissable dans sa beauté. Exactement comme un chat qui entr’ouvre à peine les yeux lorsque vous passez, tolérant simplement votre présence à côté de lui, tout en l’ignorant royalement. Leur aura est fascinante, mystérieuse, tant pour la fleur que pour l’animal. Ce sont ces sensations et cette présence étrange qu’aimeraient parfois suggérer les femmes dans leur attitude, leur façon de se mouvoir, de vous regarder ou de vous parler.

Gardénias - Montage de Poivrebleu à partir des CC de Thanker212, Rosa Say et Chidorian
Gardénias – Montage de Poivrebleu à partir des CC de Thanker212, Rosa Say et Chidorian

Ces éléments tactiles et intuitifs se retrouvent olfactivement dans La Panthère de Cartier. C’est ce que Mathilde Laurent est parvenue à faire dans sa construction florale gardénia : représenter la sensation pleine et voluptueuse qui émane de cette fleur narcotique, probablement le meilleur choix pour figurer aussi la présence d’un beau félin. Ce gardénia n’est pas vraiment un gardénia. Il représente ce que dégage cette fleur et utilise une partie de son identité olfactive pour provoquer les sensations qui la caractérise chez celui ou celle qui la regarde, mais par le biais olfactif : vous êtes saisi, votre volonté se défait alors que vous êtes fasciné par la plante, la bête qui vous regarde. Cette expérience, que je vis personnellement lorsque je porte La Panthère fait apparaître la dimension pleinement métaphorique du parfum.

D’un blanc virginal à peine teinté de crème, elle semble voir au plus profond de vous, sans que vous ne sachiez vraiment d’où elle vous transperce. Son aura vous enveloppe dans une torpeur chaude et sauvage, vous êtes presque sûr d’avoir entrevu l’animal qui bâillait entre ses pétales. Mais elle a été transfigurée : par le velours du pelage musqué qui la recouvre, par les fruits charnus et délicieux qui font ployer son cou, par les épices brûlantes qui font son haleine et par le parfum de rose que diffuse son regard. Car vous la sentez maintenant, devenue une bête, tout près de vous, son souffle chaud contre vos joues, ses griffes bientôt dans vos chairs, alors que vous vous abandonnez… Mais la nature ne tue que lorsqu’elle a faim, n’est-ce-pas ? Son emprise se relâche, elle vous laisse libre et vous accompagne plutôt, laissant flotter autour de vous le voile velouté de son esprit aux couleurs du crépuscule, distante, sereine, sauvage. Vous l’aimez probablement plus qu’elle ne vous aime.

La panthère (ou léopard), l’un des plus beaux félins du règne animal, est bien ce que l’on appelle aussi : un fauve. Devenu emblème de la maison Cartier après le succès de la collection de joaillerie dessinée par Jeanne Toussaint dans les années 30, un parfum qui symboliserait cet animal se devrait donc de reprendre les caractéristiques de celui-ci et les sublimer par la création olfactive. La Panthère et le gardénia sont tous deux un peu froids et un peu distants, et pourtant terriblement charnels et envoûtants. C’est donc cette fleur, qui pour moi transporte si bien le caractère félin en son cœur, qui a été utilisée pour s’insérer dans la réalisation de ce floral fauve, revendiqué par la maison Cartier. Une définition très juste, pour une fragrance qui vient enrichir la conceptualisation / représentation du chypre, et plus particulièrement du chypre fruité, par sa construction et l’écriture de son thème.

Car pour construire son propos et son œuvre autour de l’axe félin imposé par le nom, Mathilde Laurent a choisi comme thème le gardénia pour les raisons que nous avons vues, et pour colonne vertébrale au parfum, une structure chyprée, délayée dans un bain de musc poudré, légèrement animalisé, à l’aura doucement rétro et qui contraste avec le rendu résolument moderne de l’ensemble. Cette structure chyprée permet en effet de styliser l’élément “sauvage” de la panthère, car un chypre recèle toujours en lui une part de brutalité sauvage, un élément indompté et indomptable. Elle permet aussi de figurer la tension mystérieuse que l’on décèle dans l’esprit de l’animal et que le chypre représente à merveille par son caractère insondable.

Au delà de ces éléments conceptuels, le thème olfactif déployé par La Panthère fait aujourd’hui certainement parti de mes thèmes favoris en chypre fruité. En ayant redécouvert récemment celui de Mitsouko grâce à la mouture 2013 et en le comparant à la Panthère, il devient évident que l’on peut lire une somptueuse partition de chypre fruité moderne dans le dernier Cartier, où chaque élément est à sa place et sert à embellir l’autre. Le départ s’ouvre sur une corbeille de fruits jaunes mûrs et chargés de sucs, dont la justesse du trait est proprement délicieuse : pêche, abricot, poire, banane… Oui, oui, vous avez bien lu, des fruits, mais des beaux fruits gorgés de soleil et légèrement lactés. On laissera de côté l’aspect shampoing et yaourtière de synthèse pour une sensation plus gustative et réaliste. Le cumin apparaît alors en filigrane (et il est d’ailleurs difficile à déceler du premier coup), et produit sur ces beaux fruits jaunes, exactement le même effet que du poivre noir dans une salade de fraises : il relève la note fruitée et la réchauffe, en contrastant avec la fraîcheur juteuse et épaisse de sa chair. Mais l’ouverture fruitée épicée laisse bientôt la place à une sensation fleurie d’un velouté incomparable et dont le justesse tactile est déconcertante. Le gardénia, ou alors la “sensation du gardénia”, entre en scène, reconstitué à partir d’une analyse headspace de la fleur, mais dont la parfumeure n’a conservé que les éléments les plus floraux, en évitant les notes sombres et humides. Il sera intense pendant un bon moment, avant de se mettre légèrement en retrait, comme s’il s’était endormi et que seul son ronronnement persistait. C’est alors que la rose prendra le relais, révélant pleinement le caractère chypré de la fragrance. Cette rose est translucide et polie, légèrement boisée et n’est pas sans rappeler celle de Déclaration d’Un Soir, au point qu’à certains stades de l’évolution, il est possible de les confondre. À ce niveau apparaît alors le seul réel reproche que je puisse faire à ce parfum, et qui consiste en son manque d’épaisseur. La note, bien que captivante, reste très délicate, et j’aurais personnellement apprécié une concentration plus forte. Mais le velouté du pétale de gardénia continuera pourtant de diffuser, plongé dans ce nuage de muscs (et notamment de musc cétone) et de rose, captivant l’attention aux alentours, incarnant de manière troublante cette Panthère devenue femme…

La Panthère - Cartier
La Panthère – Cartier

 

Les effluves électroniques de Poivre Bleu

Si vous éprouvez des difficultés à faire fonctionner le petit lecteur ci-dessus, sachez que la liste musicale du billet se trouve ici ! Il est fortement recommandé de l’écouter en même temps que la lecture du billet. Cependant, si vous vous retrouvez à danser frénétiquement dans votre salon, en vous aspergeant de parfum, DJ Nez Bavard ne pourra être tenu pour responsable !

Ne rêvez pas, je ne vous ferai pas de cours sur la musique électronique, car ce genre musical est trop large et trop important désormais (il est né dans les années 50) pour que je tente de détailler plus avant (et en plus j’en serais bien incapable…). Les articles sur Wikipédia sont d’ailleurs plutôt bien fournis, et vous donneront un aperçu assez complet du genre : Musique électronique, Electro et Liste des genres de musique électronique. Cette musique et plusieurs de ses sous-genres (Electro, Electro House, Dance music, Minimal, Trip Hop…) me sont familiers. J’en aime, en effet, les sonorités vibrantes, souvent euphorisantes, car elles invitent au mouvement et provoquent chez moi des bouffées d’adrénaline et d’énergie. J’avais pensé, il y a quelques temps déjà, à parler de musique électronique et de parfum, mais j’avais abandonné ce projet, car l’exercice m’avait paru vraiment trop difficile et compliqué. J’aime la musique, le rythme, les percussions, mais je n’ai malheureusement jamais eu la joie d’apprendre à en jouer, malgré quelques initiations très jeune (éveil musical) et les stages en colonies de vacances. J’en ai retiré malgré tout, un certain sens du rythme et de la mélodie, mais je reste assez démunie et impuissante pour parler et analyser la musique. Je ne sais ni la décrire, ni la décortiquer.

Or sans structures à reconnaître et à définir, difficile de trouver la juste association olfactive ! Les parfums ayant eux-mêmes une structure propre, le jeu serait donc de trouver un morceau de musique à associer à un parfum qui aurait une structure similaire ou un thème proche. Mais l’idée me revenait régulièrement à l’esprit, alors, il y a quelques jours, dans le train, bravant mes doutes et mes incertitudes, j’ai décidé de me lancer (car oui, il faut se lancer dans la vie). Après tout qu’est-ce que je risque ? Je me suis convaincue d’utiliser des approches très personnelles, donc sûrement un peu erronées pour aborder le sujet des “effluves électroniques”. Mais l’exercice m’est apparu vraiment amusant. Selon le morceau, je me suis demandée ce que j’aimerais porter pour danser sur tel ou tel rythme, ou ce que j’aimerais sentir en écoutant telle mélodie. J’ai donc choisi mes morceaux préférés dans le large (très large) éventail de choix de l’électronique et ai décidé de vous proposer pour chacun, un parfum qui me semble correspondre (en tentant de respecter une certaine cohérence chronologique), en vous expliquant pourquoi. La question qui m’a ainsi guidée tout le long de ce travail fut la suivante : L’âme de la chanson, le ton et le thème s’accordent-t-ils avec l’esprit et le caractère olfactif du parfum ? Voici mes réponses, mes “effluves électroniques” ! (Petit conseil, remettez la playlist au début!) :

Daft BelugaHigh Life – Daft Punk / Cuir Beluga – Guerlain : Sans hésiter une seconde, ce morceau est probablement mon morceau favori de tous les temps de Daft Punk, voire mon morceau de musique électronique favori EVER. Je l’ai tellement écouté, et je l’aime toujours tellement, que j’ai presque l’impression qu’il me définit. C’est un morceau joyeux, drôle, sensuel et assez barré. On entend des trompettes funky (et j’adore les trompettes), des basses bien rondes et des percussions brillantes (cymbales), des notes de synthétiseurs qui pépient comme des oiseaux… Je suis complètement FAN de ce morceau, et je rêve de le vivre un jour en concert. Pour lui trouver le parfait soulmate olfactif, je savais que je devais chercher du côté des parfums qui m’étaient naturels et évidents, tout en s’accordant à la rondeur du morceau et l’épaisseur de son rythme. Cuir Beluga fut pour moi le meilleur candidat. Le travail de la note cuirée du parfum est un miroir de ces peaux assouplies que l’on utilise aujourd’hui pour faire les sacs et qui donnent une sensation de peau d’ange un peu irréelle. C’est la rondeur vanillée profonde et épaisse de son thème, assemblé avec une mandarine lumineuse et cet effet très souple des notes légèrement poudrées, que j’ai trouvé très juste en association avec la chanson de Daft Punk. De la même manière, ce morceau entraînant au son à la fois clair et enveloppant est une bonne métaphore du parfum de Guerlain dont la diffusion et l’aura sublime n’est pourtant jamais lourde, malgré sa note particulièrement suave. Un pur bonheur à écouter et à porter en même temps…

Mylo ChanceRikki – Mylo / Chance – Chanel : Première chose, Rikki et High Life ont quelque chose de similaire. Des voix saccadées qui scandent des onomatopées, un rythme bien rond et assez rapide, des percussions et la mise en opposition d’un son clair et brillant avec ces basses suaves un peu dégoulinantes. J’adore ce morceau aussi, que je passe aussi mon temps à écouter. Cependant, Rikki a quelque chose de plus brillant et surtout de plus scintillant et lumineux. Le triangle que l’on entend tout le long de la chanson m’a rapidement suggéré des notes fusantes et un côté un peu fluo. Et l’humeur joueuse et rieuse de la mélodie m’a amenée tout droit à choisir Chance de Chanel qui incarne pour moi la beauté et la simplicité d’un sourire. Ce parfum dégage beaucoup de lumière par la pureté de ses notes, évoque la légèreté et le scintillement par son citron frais et ses baies roses. Comme toujours chez Chanel, les aldéhydes ne sont jamais loin et participent à la lumière jaune qui s’échappe des effluves de ce parfum. Le confort et la rondeur ne sont pas en reste avec le patchouli et les muscs, mais c’est son caractère chypré aux couleurs fluorescentes qui colle le mieux selon moi à Rikki pour son aspect sautillant et heureux. Ce parfum et cette chanson suggèrent le plaisir évident et euphorisant des moments simples, où l’on se contente de tout et de rien. Et où on saute partout, aussi.

Cassius Orchid1999 – Cassius / Black Orchid – Tom Ford : Bon, je pense que vous commencez à comprendre un peu quel style d’électronique me fait remuer gentiment du popotin. Ici encore, de la rondeur, pas mal de rondeur même, sur un rythme ondulant funk à la sauce moderne par Cassius, qui donne tout de suite envie de se lever et de claquer des doigts en prenant un air très inspiré pour mimer des paroles qu’en fait on ne comprend pas. Quoi qu’il en soit, je me suis toujours dit que 1999 devait être le type de morceau super branché et trop hype que des gens très importants du star-system et de la jet-set devaient écouter dans leurs soirées privées, arrosées de litres et de litres de champagne (en 1999 donc). Des soirées où, en somme, vous ne pouvez pas ne pas tomber sur une Black Orchid. Vous savez, cette sublime créature du diable au regard bleu-gris foncé souligné de fards sombres, habillée d’un fuseau, de talons aiguilles et d’une petite veste en cuir très ajustée (et vachement chère). Le genre de nana qui se fond dans l’ambiance comme si elle avait toujours été là, et qui porte un parfum totalement inconnu (enfin pas trop parce que c’est quand même la jet-set, et que la jet-set, Tom Ford, bah il connaît), un peu hautain, un peu sombre, mais qui vous plaque comme un bon joueur de rugby en vous expliquant comment ça va se passer maintenant. Un peu comme avec Cassius en fait : les notes commencent, vous vous levez, vous prenez une coupe et vous allez fissa onduler des hanches sur la piste… Comme les Français, Black Orchid est un parfum un peu arrogant, mais qui se fond tellement bien au rythme qu’on lui pardonne. Sa gourmandise chocolatée-patchoulisée-miellée mime la sensualité des basses et est parfaitement équilibrée par les épices chaudes, la note champignon frais et les notes fleuries narcotiques, comme les voix et les percussions dans la chanson.

MG ReflectionElectric Feel – MGMT / Reflection – Amouage : En parlant d’efficacité, voici un autre morceau efficace, pour la chair de poule qu’il me donne dès qu’il démarre. Electric Feel porte bien son nom. C’est un courant bleu qui vous traverse de part en part, imprime le sourire sur vos lèvres et semble vous propulser dans un endroit hors d’atteinte, immense et très haut dans le ciel. Un endroit où la lumière est très blanche, bleutée mais chaude et réconfortante, où des fontaines d’eau fraîche sont posées au milieu des nuages et où de grands arbres portent des fleurs blanches qui fleurissent à l’infini, ne fanent jamais et exhalent le plus paradisiaque des parfums. Les nuages et la lumière c’est pour la grosse caisse. L’eau c’est pour la flûte et le tambourin. Les arbres c’est pour la guitare, les fleurs, c’est pour les voix. J’aurais presque pu opter pour Mito de Vero Profumo pour cette chanson, pour l’évocation saisissante de l’air et de l’eau qu’il propose, et pour le magnolia, assurément une fleur d’infini. Mais son caractère était trop vert. Je voulais un floral à l’aura bleutée très lumineuse. Reflection s’est imposé comme une évidence, pour la beauté majestueuse de sa note florale blanche qui tient en elle à la fois l’eau fraîche et limpide et cette lumière blanche et bleue si présente dans le morceau. Assurément l’un des plus beaux parfums de Maurice Roucel.

Shyness NoirShyness – Thieves Like Us / Datura Noir – Serge Lutens : *Moment nostalgie : pour celles et ceux qui s’en souviennent et surtout pour moi, ce morceau fait partie de la bande son qui accompagna mon séjour à Montréal en 2012 (soupir et larme à l’œil)* Aaaaaah la timidité… Le ton et le titre de la chanson le suggèrent, mais Shyness m’a tout de suite fait retomber en adolescence lorsque je l’ai entendu (et le clip l’a confirmé par la suite). Ce mélange de voix à peine voilée aux tons pastels, à une mélodie douce, rêveuse et innocente, évoque le passage d’un époque candide à une autre, plus sérieuse. De là où on se trouve, elle semble si mystérieuse et pourtant irrésistible ! Un moment où tout est léger, mais où les premières émotions semblent plus fortes et importantes que jamais. Pour moi, ce mélange de naïveté et de pulsion impérieuse exprimé par Shyness, s’incarne en tout point dans Datura Noir. Son mélange de douceur poudrée et gustative par les notes fruitées, amandées et poudrées s’allie avec la violence étouffante de la tubéreuse et un fond plus sulfureux qu’il n’y paraît. Il parvient ainsi à figurer l’instabilité de cet âge et de ce moment si particulier où les limites sont troubles et où l’on vit les instants avec une intensité presque douloureuse. Alors que les cœurs et les âmes n’ont pas encore été façonnés et meurtris par le temps, les corps et les chairs prennent inexorablement le chemin de l’âge adulte, sans vraiment savoir pourquoi.

Toro BlancheNew Beat – Toro y Moi / Lumière Blanche – Olfactive Studio : *Moment nostalgie bis* Découvert grâce à un collègue de bureau à Montréal, Toro y Moi et son univers musical (chillwave) m’ont rapidement conquise pour leur aspect un peu rétro (années 80) et l’aspect ambiance “cool” qui se dégage de la plupart de ses morceaux. Si je voulais faire des jugements à l’emporte-pièce je dirais que, en gros, c’est de la musique de hipster. Mais c’est un peu générique. Quoi qu’il en soit, New Beat joue sur une mélodie assez simple mais agréable, souple, qui m’évoque des moments de tranquillité, de lectures, de balades. Bref des moments simples comme on les aime. Quoi de mieux alors qu’un parfum T-shirt bien musqué et propret pour l’accompagner ? Lumière Blanche me semblait correspondre à tous les niveaux. Ce parfum ne recèle pas en lui des trésors d’originalité, comme la chanson, mais fait tellement bien le boulot qu’on l’adore : sa note santalée douce et épicée de cardamome s’accorde en tous points aux notes sautillantes et espiègles de la *fausse* trompette (et comme vous le savez, j’adore la trompette, même les fausses), et ses muscs douillets répondent aux basses gentillettes de la chanson, à sa mélodie de synthé. Bref, un vrai combo de détente absolue que l’on devrait consommer plus souvent !

Avalanches EvasionRadio – The Avalanches / Vol de Nuit Evasion – Guerlain : J’ai eu du mal à trouver le bon parfum correspondant pour Radio. En effet, pour ceux qui connaissent The Avalanches et ce style de musique (dans le même genre on peut citer Wax Tailor), il se construit sur la base de “samples” qui sont ensuite assemblés, mixés et arrangés ensemble pour donner un nouveau morceau. L’effet est très particulier, et même si personnellement j’aime beaucoup, il faut avouer que ces morceaux laissent une impression de fourmillement et de bazar assez spéciale. La structure est démontée puis remontée et cela donne un patchwork de sons où il est difficile de savoir où donner de la tête, même si c’est bien. Bref, trouver un parfum pour celui-ci ne fut pas simple, car seuls les anciens parfums et les classiques pouvaient donner cette sensation d’empilement et de richesse foisonnante, notamment grâce aux multiples bases et matières naturelles utilisées en plus grandes proportions à l’époque. Mais un vieux classique sur un son et une méthode de création plutôt moderne me dérangeait, jusqu’à ce que je redécouvre Vol de Nuit Evasion il y a quelques jours, autrement dit, la version eau de toilette de Guet-Apens/Attrape-Cœur de Guerlain. Une empreinte très Guerlain avec ces effets de bases et d’empilement typique, une belle guerlinade et une évocation multiple : de Vol de Nuit mais aussi de Chamade par certains côtés, le parfait soulmate olfactif pour Radio ! On pourrait en plus pousser la correspondance avec l’aspect un peu rétro du parfum (par son aspect classique Guerlain poudré – ambré) et celui du morceau qui utilise des séquences de vieux films en noir et blanc et de vinyles datant de Mathusalem.

Miami AimeHolidays – Miami Horror / Elle L’Aime – Lolita Lempicka : Allez ! Si vous ne vous êtes pas encore levés pour danser, c’est le moment ! C’est la dernière ! Allez de-bout ! Et non ! Ne me dites pas que ce n’est pas votre genre de musique, ça balance bien, ça bouge, ça a du rythme, c’est trop le fun ! 😀 Le titre ne vous promet rien d’autre qu’un peu du soleil des vacances, on ne va pas le bouder parce qu’il est facile ! Au bout de ce rythme entraînant se cache une plage de sable doré, un soleil au beau fixe et une odeur de vacances faite de crème solaire et de boisson à la noix de coco. Holidays n’est pas plus compliqué que cela et c’est pour ça qu’on l’aime bien, parce qu’en plus, il a le mérite de ne pas être non plus totalement crétin. La mélodie est facile mais le son de qualité et l’ambiance n’est pas exempte d’une certaine pointe d’humour et d’auto-dérision, ce qui est toujours appréciable. C’est un peu la même chose pour Elle L’Aime (en tout cas je le vois comme ça), on peut facilement s’y abandonner parce que sa note est suave, sensuelle, à peine un peu vulgaire et gourmande. Mais c’est tant mieux ! Vous le voyez là ce soleil qui vient mordre la peau des seins huilés pleins de paillettes de la fille bronzée au bord de la piscine ? Oui, et alors ça vous fait quoi ? Ça vous amuse et c’est bien là le but ! On a tous besoin à certains moments de déconnecter et de verser un peu dans la facilité et la vulgarité, ça ne fait pas de nous des gens plus bêtes, simplement des gens plus humains ! Et ça, on y arrive grâce à la musique et aux parfums !

Avant de clore très rapidement ce billet qui fut beaucoup trop long mais tellement amusant, je dois vous dire que j’ai a-do-ré écrire cet article et que je serais ravie de vous en faire d’autres comme celui-là s’il vous a plu ! N’hésitez pas à me le dire en commentaire 🙂 Et maintenant, on danse !

La Fille de Berlin – Serge Lutens

Publication à l’aveugle (Hein ? Mais c’est quoi ça ?) : Musque-Moi et moi-même (et ça fait beaucoup de m), avons, ne soyons pas timides, eu un petit coup de foudre et d’inspiration simultanés sur La Fille de Berlin de Serge Lutens il y a un peu plus d’une semaine. Suite à nos discussions endiablées, l’envie d’écrire sur ce parfum chacun de notre côté s’est imposée assez rapidement. Il nous a alors paru amusant de nous exercer au petit jeu de “La Publication à l’Aveugle”. Autrement dit, chacun d’entre nous rédige de son côté un article personnel sur les évocations et les sensations amenées par La Fille de Berlin jusqu’au jour convenu où la publication surviendra en même temps. Le jeu permet ainsi de voir dans quelle mesure la perception est proche (ou éloignée), et comment l’un et l’autre aura cherché à trouver les bons mots pour exprimer ses ressentis. Utiliserons-nous les mêmes mots et les mêmes images ? Qui sera pour nous, La Fille de Berlin ? Ainsi, pour compléter la lecture de l’article qui suit, je vous propose d’aller lire l’article de Musque-Moi sur ce même parfum !

La couleur

Rouge. L’énergie diffusée par la couleur rouge provoque chez les humains une augmentation de la tonicité musculaire, de la tension artérielle et du rythme respiratoire (c’est d’ailleurs pour cela qu’elle est déconseillée dans les chambres à coucher). Symboliquement, le rouge est la couleur de la vie (le sang et le feu) : il attire car il transmet vitalité, chaleur, excitation, passion. Il est d’ailleurs au centre de nos images de libido et d’érotisme : petite robe rouge moulante, cœur rouge de la Saint-Valentin, quartier chaud aux enseignes rouges, tous ces éléments font vibrer la corde sexuelle dans l’esprit humain. Mais le rouge symbolise aussi plusieurs valeurs contradictoires : l’amour, la passion, la vie ; mais aussi la colère, la guerre, la haine : c’est par définition une couleur ambiguë, qui stimule volontiers le côté bestial de chacun d’entre nous, car vibrante d’une énergie duale et par essence difficile à contrôler.

Rouge olfactif. Cette introduction sur la couleur rouge n’aurait peut-être pas eu de sens si le jus de La Fille

Pigments rouge pérylene - Source : Wikipedia
Pigments rouge pérylene – Source : Wikipedia

de Berlin n’avait pas été teinté de cette couleur rouge sang frémissant, comme prêt à jaillir hors du flacon. Pourtant, en réfléchissant plus profondément à la question, je pense sincèrement que La Fille de Berlin m’aurait évoqué la couleur rouge, même si son jus n’avait pas été coloré. Évoquer une couleur par une odeur est un exercice difficile qui peut paraître hautement subjectif, mais nous avons néanmoins tous des références olfactives que le rouge peut permettre de visualiser. Et sur le plan olfactif, représenter du rouge passe, souvent, par un travail sur la rose (mais pas uniquement bien sûr). Cependant, le rouge de la rose en soliflore (ou dominante dans un parfum) naît de la volonté du parfumeur : Portrait of A Lady et Une Rose aux Éditions de Parfums Frédéric Malle ou encore Nahéma de Guerlain sont des parfums aux nuances olfactives de rouge franc (et dont les jus ne sont pas colorés). Le rouge de La Fille de Berlin est, quant à lui, un rouge brillant et profond sans être sombre dont les pigments pérylènes pourraient être une bonne illustration. La couleur de son jus influe donc sur le ressenti, mais le ressenti est pour moi tellement cohérent qu’il n’enlève rien au plaisir des sensations et des images que ce parfum a pu m’apporter.

La fille

Rouge charnel. La bouche est finement ourlée, habillée d’un rouge à lèvres mat, tranchant et théâtral. Ses formes sont pleines et voluptueuses ; son allure est dramatique, ultra-féminine et sensuellement agressive. Perchée sur de hauts talons noirs, retranchée derrière son air sombre de femme fatale, rien ne laisse présager quel sourire éclatant et irrésistible cette fille est capable d’offrir. Car si son apparence extérieure peut paraître froide, c’est pour mieux intriguer et exciter celui qui la regarde, tandis que son sourire et son regard félin le surprendra et attisera son désir. La Fille de Berlin est une femme sensuelle, fantasmée, inaccessible et d’autant plus désirable qu’elle ne se laisse pas approcher par n’importe qui. Pourtant, on devine que cette apparente armure dominatrice est un jeu qui l’amuse, et lorsque l’occasion est bonne, un fond rieur et généreux, mais aussi une certaine douceur peuvent se révéler. La Fille de Berlin choisit ses clients et ses amants, A l’image de la Putain des Palaces, une très bonne amie, elle ne laisse pénétrer dans son intimité que ceux avec lesquels elle aimera se dévêtir, dévoiler ses dentelles fines et sa peau veloutée au goût salé, ceux avec lesquels elle voudra bien rire largement et dévoiler sa belle gorge, ceux qu’elle aimera envoûter de son parfum suave et poudré, à l’aura rouge et fascinante.

Rouge cérébral. Elle est aussi cultivée, raffinée et ne fume que du tabac blond. Elle a compris depuis longtemps comment faire jouer les

Bouche rouge - Photo : Poivrebleu
Bouche rouge – Photo : Poivrebleu

signes en sa faveur et travaille son image avec doigté. Si sa couleur favorite est le rouge, c’est que sa personnalité est chaleureuse, son tempérament passionné et ses amusements débridés. On l’aime ou on la déteste, mais c’est ce qu’elle aime probablement : ne pas ressembler aux autres et ne donner à voir que ce qu’elle souhaite. C’est d’ailleurs sans doute de famille, car sa jeune sœur Bas de Soie a aussi hérité de cette habilité à paraître inaccessible et froide de prime abord, alors que chacune d’entre elles sait pourtant très bien savourer les plaisirs de la vie. Elles savent, pour cela, se servir de leurs corps, mais pas seulement. Chacune mérite d’être connue au delà des apparences.

Le parfum

Rouge sillage. Cette rose emporte dans sa structure une étonnante association d’effets modernes et d’effets rétro au charme délicieusement désuet. L’acidité astringente et peu sucrée des fruits très rouges de la tête (groseille, framboise, cassis), ainsi qu’une construction souple et lumineuse, mais qui ne manque pas de densité et de texture, sont des attributs plutôt modernes. Ils allient une utilisation réellement innovante des notes fruitées (point de sucre dans ce parfum, simplement une saisissante justesse dans l’aspect juteux et acide), avec un travail de construction plus aéré par rapport aux parfums plus anciens, grâce aux muscs et à la violette qui sert presque de “bois” dans ce parfum (une construction d’ailleurs très lutensienne). En face, le velouté tactile du pétale est suggéré par une très belle qualité de rose à laquelle on a marié des notes poudrées (héliotropine, iris?) ; la sensualité du fond musqué animal et ambré est d’un équilibre très juste, il apporte du corps et de la chair au parfum comme peu de fragrances le font aujourd’hui. La qualité des matières premières, l’épaisseur du parfum, sa diffusion et le travail de la note féminine (avec son effet cosmétique de femme apprêtée) inscrivent nettement La Fille de Berlin dans une ambiance vintage qui ravira sans doute les amateurs d’une parfumerie plus présente, plus qualitative, à la personnalité plus marquée. Sans surprise : le rendu sur peau est un vrai bonheur. L’envol des notes acides du départ propose un effet proche de celui des aldéhydes, en plus moderne, et la note de rose, dominante, est polie par les baumes, relevée par du girofle et du poivre et rendue brillante par le géranium. Son aura est splendide et son sillage magnifique : je n’ai quasiment jamais eu autant de compliments spontanés avec un parfum. Et pour ne rien gâcher, la tenue est tout bonnement excellente : 12 h sans faillir, qui se concluent sur un fond suave et ondoyant dans lequel on continue de détecter cette rose rouge tentatrice.

Rouge seconde peau. En fait, La Fille de Berlin est un parfum-rôle. C’est un personnage énigmatique dont on se délecte à composer le comportement, dont on prend possession dès que les gouttelettes viennent déposer sur la peau ce voile imperceptible qui change tout, le temps d’une journée (ou plus). C’est, depuis que j’ai découvert le pouvoir transformiste des parfums, l’un de ceux que j’ai eu le plus de plaisir à porter et à sentir, probablement parce qu’il exacerbe en moi un personnage avec lequel j’aimerais me fondre et qui me ressemble beaucoup sans que je sois vraiment à l’aise dans sa peau au quotidien.

Les coups de foudre ne s’expliquent pas. La Fille de Berlin paraîtra sûrement banale ou “pas si exceptionnelle” que cela à d’autres, mais il a su faire vibrer en moi des cordes que je ne connaissais pas encore, car j’ai en règle générale, un peu de mal avec les roses. Je les trouve souvent galvaudées et trop austères pour mon tempérament, alors que j’ai besoin de trouver dans mon parfum un appui pour exprimer ma personnalité plus ouverte qu’il n’y paraît. Mais cette rose-là, hyper-féminine sans être ennuyeuse ou mijaurée, s’assume et sort les voluptueux atouts sans honte. Je n’ai rien pu faire d’autre que de m’y identifier car il permet ce jeu de rôle que seul les vrais parfums autorisent, et qui fait partie du plaisir du parfum : une présence affirmée, un vrai sillage, une longue évolution, bref, un costume de belle facture qui se porte de l’aube au crépuscule sans faillir…

Et Musque-Moi alors, qu’en pense-t-il ? Allez vite lire son avis !

 

Se sentir belle… (Pourquoi se parfume-t-on ? Le billet-renouveau)

Il y a très très longtemps, dans un pays très très lointain, à un âge qu’il n’est plus permis de nommer, et dans une langue qu’il n’est plus possible de parler… (hum hum), j’écrivais ces deux billets : Parfum et Personnalité I, Parfum et Personnalité II.

Si je prends la peine de vous faire une introduction un peu tarte, c’est parce que ces billets ont été écrits dans les tout premiers mois de ce blog et me piquent franchement les yeux à la lecture. Pourtant ! Pourtant, je crois que déjà à cette époque, j’avais tout de même à peu près compris une partie de ce qui se passait, et j’ai été surprise de relire des choses qui me semblent encore pertinentes aujourd’hui. L’analyse présentée dans ces billets est assez sommaire et survole grossièrement la question du “Pourquoi se parfumer?”, mais des éléments restent d’actualité. J’avais surtout compilé dans ces articles des connaissances relativement communes, arrangées à la sauce Nez Bavard. Je vous saurais gré d’être cléments et compréhensifs avec moi, si jamais vous les relisez. Aujourd’hui, et comme cette question ne cesse de me tarauder depuis presque 7 ans maintenant, je voudrais vous apporter mon sentiment sur la question, plus actualisé, et surtout beaucoup plus personnel.

Mucha-Journée

De nos jours, beaucoup de produits existent dans le but de permettre à celles et ceux qui les utilisent de se sentir plus belles et plus beaux, plus désirables, d’avoir une meilleur image d’eux-mêmes, d’avoir plus confiance en eux. Les vêtements pour exprimer sa personnalité, le maquillage pour camoufler et mettre en valeur ses atouts, les crèmes pour avoir la peau douce et le corps ferme (en tout cas on essaie)… Et puis il y a les parfums.

Pris de loin, comme ça sans réfléchir, les parfums pourraient être considérés simplement comme un accessoire, comme la touche finale qui viendrait apporter la cohérence à l’ensemble. Ils le sont parfois bien sûr, mais jamais uniquement. Et vous et moi savons bien que c’est le “jamais uniquement” qui compte.

Car on trouve dans un parfum ce que d’autres produits de beauté n’expriment qu’avec difficultés : un tableau d’émotions, une carte de ressentis, une mosaïque de sentiments et un faisceau de souvenirs. Peu importe en vérité que ces intimités ne soient pas les nôtres en arrivant à la rencontre d’une création, elles vont le devenir car celui ou celle qui porte un parfum se l’approprie. Il se reconstruit avec nos propres chemins et nos histoires singulières. Le parfum est probablement un des rares produits de beauté à la transporter et à l’exprimer aussi fort en lui-même.

Je crois avoir fini par comprendre, après tout ce temps, ce qui, pour ma part, rend la beauté du parfum si touchante. Elle est pour moi plus vibrante et plus parlante que celle des autres arts, même si la sensibilité à la beauté donne des raisons de s’émerveiller tous les jours, à commencer par l’observation de la nature. A vrai dire, je pense que la beauté du parfum est humaine. Elle a quelque chose de profondément naturel et humain. Quoi de plus humain que cette beauté qui ne se vit que sur des instants, des moments qui n’ont de cesse de se produire et de s’évanouir, avant de recommencer ? Cette beauté, chaque matin, naît dans un jaillissement premier, vit sur la peau et dans l’air, puis meurt le soir, avant de renaître la fois suivante, dans un éternel recommencement.

La beauté du parfum se vit dans la chair des hommes et des femmes qui la portent. Elle a quelque chose de fondamental mais parfois aussi de commun, car elle est quotidienne et parfois mécanique. Mais elle vit pourtant, car une odeur n’est pas figée et immuable : elle apparaît, évolue, se dégrade avant de disparaître. En mimant ce perpétuel cycle, le parfum me semble être quelque chose de viscéral, même s’il est d’apparence bien futile, il est vrai. Mais comme la vie, le parfum a quelque chose de gratuit et c’est probablement ce qui le rend aussi beau.

En fusionnant avec celui ou celle qui le porte, le parfum sert de liant et de moyen d’expression de la beauté humaine et intérieure, en la faisant sortir sous d’autres traits que ceux du visage ou du corps. Il crie une intériorité, met à nu la personne qui le porte. Mais tout se passe sans que l’on voit vraiment, sans que l’on sache vraiment… Porter un parfum que l’on aime, aimer ce que l’on sent et aimer ce que l’on donne à sentir aux autres : on parle bien de nous.

Alors pour me sentir belle, même sans maquillage et habillée en tenue de tranquillité (comprendre ici : “vêtements informes et délavés”), je n’ai qu’à choisir dans ma collection de beaux parfums, qui le sont à mes yeux en tout cas, celui qui traduira le mieux mon intimité, mon intériorité du moment. Celui dont j’aurai envie pour me calmer ou me dynamiser, celui qui m’aidera à réfléchir ou à m’évader, celui qui fera qu’une fois appliqué, je n’aurai plus de doutes et plus de craintes, alors qu’il me susurrera à l’oreille : “Tu es bien vivante, et oui, tu es belle “.

Voici, à mon sens, pourquoi on se parfume, pour vivre et faire vivre sur la peau de la beauté, lui donner un espace, se l’approprier, la faire sienne, la rendre plus réelle, plus vivante, plus humaine en l’absorbant dans notre sang avant de la faire ressortir.

Et vous, pourquoi portez-vous du parfum ?

Photo : Le Matin, Le Jour, Le Soir, La Nuit par Alfons Mucha