Le Rêve de la Reine – Arty Fragrance

Le Rêve de la Reine d’Arty Fragrance by Élisabeth de Feydeau serait-il un parfum autobiographique ? Plongez-vous quelque peu dans les écrits et l’univers de l’historienne du parfum, et vous comprendrez que derrière la rose poudrée et musquée de ce doux rêve, se cache un aveu de passion pour les douceurs du parfum et les coquetteries féminines. Et tout particulièrement pour l’esprit, les grands personnages et l’univers esthétique du XVIIIe siècle.

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Marie-Antoinette 1769, Joseph Ducreux

Piochant avec justesse dans les inspirations historiques de ses recherches et dans ses goûts personnels, Élisabeth de Feydeau brode des histoires à travers les personnages multiples du Château de Versailles et plonge dans son univers aux mille facettes . Sa gamme de bougies “La Collection de La Cour” nous emmenait déjà à travers les pièces, les jardins et les habitudes du Château et de ses habitants, mais son premier parfum, Le Rêve de la Reine, propose une immersion dans l’univers fantasque et vaporeux de Marie-Antoinette. Elle fut accompagné dans ce voyage flouté et rieur par la parfumeure Alexandra Monet, qui a su retranscrire avec justesse une fraîcheur et un classicisme délicieux.

À travers sa rose doucement poudrée, poussée par les notes vertes du galbanum et du petitgrain, déposée sur un lit de muscs sensuels et vanillés, Le Rêve de La Reine propose un tableau naturaliste et printanier, jouant volontairement sur une atmosphère naïve, qui avait l’affection particulière de Marie-Antoinette. Mais cette apparente touche d’innocence recèle quelque chose de militant en son cœur, d’insolent et de spontané. L’image rêvée de Marie-Antoinette, assurément, surgit à travers cette rose veloutée au visage angélique. Derrière l’effet caressant de ses pétales délicats tels les fines paupières de la Reine, se cache un élan de chaleur et de liberté. Le fond musqué sensuel, bien que séducteur, semble être présent pour figurer l’image indomptée de la Nature, le plaisir, peut-être, des choses simples et évidentes, sauvages.

Classique, ce parfum l’est assurément. À travers une construction académique évoquant les plus belles roses de la parfumerie moderne (on pense à Paris d’Yves Saint Laurent), se dégage une émotion tendre et puissante, invitant au ravissement, sans émotions surjouées. Le galbanum, le petitgrain et la rose essence proposent une ouverture fusante, dont la verdeur est nettement adoucie par le voluptueux de l’absolu rose, qui s’exprime tôt dans l’évolution. Une certaine fraîcheur est maintenue par la note de framboise, mais les baumes (benjoin) et les rondeurs généreuses de la fève tonka et de la vanille ne tardent pas à venir se mêler aux pétales. Le thème baigne dans une infusion de muscs poudrés qui garantissent une tenue et un sillage généreux. On devine en toile de fond les délicieuses notes rondes et animales du musc tonkin, qui ont été recherchées pour accentuer la véracité du propos. L’originalité de l’accord tient probablement à l’incursion régulière dans la trame rosée, d’une note néroli / petitgrain qui maquille légèrement cette rose en la rendant moins commune et attendue.

Le Rêve de La Reine, EDP
Le Rêve de La Reine, EDP

Nombreux sont ceux qui pourraient se demander pourquoi ce parfum, qui n’est pas d’une grande originalité dans le thème abordé, m’a touchée si justement. Par extension, ce parfum m’a interrogée sur la question de l’émotion en parfumerie, et sur la manière dont on la présente et la transcrit par les odeurs. L’émotion est un peu comme un courant électrique : elle vous parcourt et vous transperce. Parfois et même souvent (on vous le souhaite), elle se partage et se transmet, car celles et ceux qui vous entourent, peuvent la recevoir et la comprendre. Parfois aussi, elle s’échappe, file dans le vide, s’exprime en vain. Elle devient alors muette et incompréhensible, comme si elle n’était pas vraiment là.

La tâche de l’olfactophile, s’il souhaite affiner son jugement dans le domaine du parfum et développer sa capacité d’analyse, revient souvent à développer un esprit critique sur les plans esthétiques et techniques. Des plans qui sont tout à fait tangibles dans un parfum, mais que beaucoup peinent parfois à reconnaître. L’émotion, elle, me semble être autre chose. Aimer, admirer, saluer un parfum n’implique pas forcément d’y être sensible sur le plan émotionnel. Il est vrai que généralement, affiner son degré de sensibilité à la beauté offre un champ de réceptivité émotionnelle plus large , ouvrant ainsi les portes à plus de plaisirs, de sourires, de bonheur et d’exaltation. Un bon parfum peut avoir tout pour lui sur le papier, et ne dégager aucune émotion, car aucune émotion ne lui aura été adjointe. La différence se joue alors lorsque le bon se transforme en beau, au moment où vous percevez l’émotion qu’il contient. Et vous l’aimez lorsque cette émotion vous parle.

Mais parfois, et c’est bien normal, certaines œuvres, certains parfums ne nous parlent pas. On les reçoit sans les voir, on les entend sans les écouter, on les perçoit sans les sentir. Dans mon cas bien personnel, j’ai été touchée par Le Rêve de La Reine. J’aime la façon dont la rose, personnage central de cette composition, s’exprime et module sa voix pour faire ressentir son cœur et deviner ses envies. Je l’aime aussi peut-être parce que j’ai compris et entendu son message de liberté, sa sincérité simple et franche, à l’image de cette Reine incomprise en son temps. J’ai  aimé ce parfum peut-être justement car les valeurs qu’il semble porter me sont chères.

2 commentaires

  1. Magnifique critique de ce parfum qui m’a également beaucoup touchée lors d’un unique test. J’aimerais le réessayer plus longuement. Je confesse une affection particulière pour l’inspiratrice de cette fragrance. Elisabeth de Feydeau dans son ouvrage sur Fargeon a si bien cerné la personnalité complexe et attachante de cette malheureuse reine. Il faut se promener au Petit Trianon et dans ses jardins pour retrouver l’atmosphère, nostalgique et joyeuse à la fois ,et les fleurs si chères à Marie-Antoinette. On est dans l’émotion pure et subjective et c’est cela aussi que doit procurer un parfum. Les deux anglaises ont vu les fantômes de Trianon , elles n’ont pas dit si ils avaient laissé un sillage. J’avais également aimé dans un autre registre le Sillage de la Reine composé avec Francis Kurkdjian.

  2. Ah cet article me touche tellement ! J’ai toujours eu une affection (si si c’est le bon terme) pour Marie-Antoinette, j’ai lu et relu des biographies, je la défends face aux mauvaises langues qui ne parlent que de futilité et de brioches et tomber sur des personnes qui la comprennent et lui rendent hommage. Tout ce qui me permet de mieux toucher et comprendre son univers m’attire et ce parfum ! je pense qu’il ne me conviendra pas personnellement, mais je vais tout faire pour le sentir car je sais que l’émotion sera là !

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