Les effluves électroniques de Poivre Bleu

Si vous éprouvez des difficultés à faire fonctionner le petit lecteur ci-dessus, sachez que la liste musicale du billet se trouve ici ! Il est fortement recommandé de l’écouter en même temps que la lecture du billet. Cependant, si vous vous retrouvez à danser frénétiquement dans votre salon, en vous aspergeant de parfum, DJ Nez Bavard ne pourra être tenu pour responsable !

Ne rêvez pas, je ne vous ferai pas de cours sur la musique électronique, car ce genre musical est trop large et trop important désormais (il est né dans les années 50) pour que je tente de détailler plus avant (et en plus j’en serais bien incapable…). Les articles sur Wikipédia sont d’ailleurs plutôt bien fournis, et vous donneront un aperçu assez complet du genre : Musique électronique, Electro et Liste des genres de musique électronique. Cette musique et plusieurs de ses sous-genres (Electro, Electro House, Dance music, Minimal, Trip Hop…) me sont familiers. J’en aime, en effet, les sonorités vibrantes, souvent euphorisantes, car elles invitent au mouvement et provoquent chez moi des bouffées d’adrénaline et d’énergie. J’avais pensé, il y a quelques temps déjà, à parler de musique électronique et de parfum, mais j’avais abandonné ce projet, car l’exercice m’avait paru vraiment trop difficile et compliqué. J’aime la musique, le rythme, les percussions, mais je n’ai malheureusement jamais eu la joie d’apprendre à en jouer, malgré quelques initiations très jeune (éveil musical) et les stages en colonies de vacances. J’en ai retiré malgré tout, un certain sens du rythme et de la mélodie, mais je reste assez démunie et impuissante pour parler et analyser la musique. Je ne sais ni la décrire, ni la décortiquer.

Or sans structures à reconnaître et à définir, difficile de trouver la juste association olfactive ! Les parfums ayant eux-mêmes une structure propre, le jeu serait donc de trouver un morceau de musique à associer à un parfum qui aurait une structure similaire ou un thème proche. Mais l’idée me revenait régulièrement à l’esprit, alors, il y a quelques jours, dans le train, bravant mes doutes et mes incertitudes, j’ai décidé de me lancer (car oui, il faut se lancer dans la vie). Après tout qu’est-ce que je risque ? Je me suis convaincue d’utiliser des approches très personnelles, donc sûrement un peu erronées pour aborder le sujet des “effluves électroniques”. Mais l’exercice m’est apparu vraiment amusant. Selon le morceau, je me suis demandée ce que j’aimerais porter pour danser sur tel ou tel rythme, ou ce que j’aimerais sentir en écoutant telle mélodie. J’ai donc choisi mes morceaux préférés dans le large (très large) éventail de choix de l’électronique et ai décidé de vous proposer pour chacun, un parfum qui me semble correspondre (en tentant de respecter une certaine cohérence chronologique), en vous expliquant pourquoi. La question qui m’a ainsi guidée tout le long de ce travail fut la suivante : L’âme de la chanson, le ton et le thème s’accordent-t-ils avec l’esprit et le caractère olfactif du parfum ? Voici mes réponses, mes “effluves électroniques” ! (Petit conseil, remettez la playlist au début!) :

Daft BelugaHigh Life – Daft Punk / Cuir Beluga – Guerlain : Sans hésiter une seconde, ce morceau est probablement mon morceau favori de tous les temps de Daft Punk, voire mon morceau de musique électronique favori EVER. Je l’ai tellement écouté, et je l’aime toujours tellement, que j’ai presque l’impression qu’il me définit. C’est un morceau joyeux, drôle, sensuel et assez barré. On entend des trompettes funky (et j’adore les trompettes), des basses bien rondes et des percussions brillantes (cymbales), des notes de synthétiseurs qui pépient comme des oiseaux… Je suis complètement FAN de ce morceau, et je rêve de le vivre un jour en concert. Pour lui trouver le parfait soulmate olfactif, je savais que je devais chercher du côté des parfums qui m’étaient naturels et évidents, tout en s’accordant à la rondeur du morceau et l’épaisseur de son rythme. Cuir Beluga fut pour moi le meilleur candidat. Le travail de la note cuirée du parfum est un miroir de ces peaux assouplies que l’on utilise aujourd’hui pour faire les sacs et qui donnent une sensation de peau d’ange un peu irréelle. C’est la rondeur vanillée profonde et épaisse de son thème, assemblé avec une mandarine lumineuse et cet effet très souple des notes légèrement poudrées, que j’ai trouvé très juste en association avec la chanson de Daft Punk. De la même manière, ce morceau entraînant au son à la fois clair et enveloppant est une bonne métaphore du parfum de Guerlain dont la diffusion et l’aura sublime n’est pourtant jamais lourde, malgré sa note particulièrement suave. Un pur bonheur à écouter et à porter en même temps…

Mylo ChanceRikki – Mylo / Chance – Chanel : Première chose, Rikki et High Life ont quelque chose de similaire. Des voix saccadées qui scandent des onomatopées, un rythme bien rond et assez rapide, des percussions et la mise en opposition d’un son clair et brillant avec ces basses suaves un peu dégoulinantes. J’adore ce morceau aussi, que je passe aussi mon temps à écouter. Cependant, Rikki a quelque chose de plus brillant et surtout de plus scintillant et lumineux. Le triangle que l’on entend tout le long de la chanson m’a rapidement suggéré des notes fusantes et un côté un peu fluo. Et l’humeur joueuse et rieuse de la mélodie m’a amenée tout droit à choisir Chance de Chanel qui incarne pour moi la beauté et la simplicité d’un sourire. Ce parfum dégage beaucoup de lumière par la pureté de ses notes, évoque la légèreté et le scintillement par son citron frais et ses baies roses. Comme toujours chez Chanel, les aldéhydes ne sont jamais loin et participent à la lumière jaune qui s’échappe des effluves de ce parfum. Le confort et la rondeur ne sont pas en reste avec le patchouli et les muscs, mais c’est son caractère chypré aux couleurs fluorescentes qui colle le mieux selon moi à Rikki pour son aspect sautillant et heureux. Ce parfum et cette chanson suggèrent le plaisir évident et euphorisant des moments simples, où l’on se contente de tout et de rien. Et où on saute partout, aussi.

Cassius Orchid1999 – Cassius / Black Orchid – Tom Ford : Bon, je pense que vous commencez à comprendre un peu quel style d’électronique me fait remuer gentiment du popotin. Ici encore, de la rondeur, pas mal de rondeur même, sur un rythme ondulant funk à la sauce moderne par Cassius, qui donne tout de suite envie de se lever et de claquer des doigts en prenant un air très inspiré pour mimer des paroles qu’en fait on ne comprend pas. Quoi qu’il en soit, je me suis toujours dit que 1999 devait être le type de morceau super branché et trop hype que des gens très importants du star-system et de la jet-set devaient écouter dans leurs soirées privées, arrosées de litres et de litres de champagne (en 1999 donc). Des soirées où, en somme, vous ne pouvez pas ne pas tomber sur une Black Orchid. Vous savez, cette sublime créature du diable au regard bleu-gris foncé souligné de fards sombres, habillée d’un fuseau, de talons aiguilles et d’une petite veste en cuir très ajustée (et vachement chère). Le genre de nana qui se fond dans l’ambiance comme si elle avait toujours été là, et qui porte un parfum totalement inconnu (enfin pas trop parce que c’est quand même la jet-set, et que la jet-set, Tom Ford, bah il connaît), un peu hautain, un peu sombre, mais qui vous plaque comme un bon joueur de rugby en vous expliquant comment ça va se passer maintenant. Un peu comme avec Cassius en fait : les notes commencent, vous vous levez, vous prenez une coupe et vous allez fissa onduler des hanches sur la piste… Comme les Français, Black Orchid est un parfum un peu arrogant, mais qui se fond tellement bien au rythme qu’on lui pardonne. Sa gourmandise chocolatée-patchoulisée-miellée mime la sensualité des basses et est parfaitement équilibrée par les épices chaudes, la note champignon frais et les notes fleuries narcotiques, comme les voix et les percussions dans la chanson.

MG ReflectionElectric Feel – MGMT / Reflection – Amouage : En parlant d’efficacité, voici un autre morceau efficace, pour la chair de poule qu’il me donne dès qu’il démarre. Electric Feel porte bien son nom. C’est un courant bleu qui vous traverse de part en part, imprime le sourire sur vos lèvres et semble vous propulser dans un endroit hors d’atteinte, immense et très haut dans le ciel. Un endroit où la lumière est très blanche, bleutée mais chaude et réconfortante, où des fontaines d’eau fraîche sont posées au milieu des nuages et où de grands arbres portent des fleurs blanches qui fleurissent à l’infini, ne fanent jamais et exhalent le plus paradisiaque des parfums. Les nuages et la lumière c’est pour la grosse caisse. L’eau c’est pour la flûte et le tambourin. Les arbres c’est pour la guitare, les fleurs, c’est pour les voix. J’aurais presque pu opter pour Mito de Vero Profumo pour cette chanson, pour l’évocation saisissante de l’air et de l’eau qu’il propose, et pour le magnolia, assurément une fleur d’infini. Mais son caractère était trop vert. Je voulais un floral à l’aura bleutée très lumineuse. Reflection s’est imposé comme une évidence, pour la beauté majestueuse de sa note florale blanche qui tient en elle à la fois l’eau fraîche et limpide et cette lumière blanche et bleue si présente dans le morceau. Assurément l’un des plus beaux parfums de Maurice Roucel.

Shyness NoirShyness – Thieves Like Us / Datura Noir – Serge Lutens : *Moment nostalgie : pour celles et ceux qui s’en souviennent et surtout pour moi, ce morceau fait partie de la bande son qui accompagna mon séjour à Montréal en 2012 (soupir et larme à l’œil)* Aaaaaah la timidité… Le ton et le titre de la chanson le suggèrent, mais Shyness m’a tout de suite fait retomber en adolescence lorsque je l’ai entendu (et le clip l’a confirmé par la suite). Ce mélange de voix à peine voilée aux tons pastels, à une mélodie douce, rêveuse et innocente, évoque le passage d’un époque candide à une autre, plus sérieuse. De là où on se trouve, elle semble si mystérieuse et pourtant irrésistible ! Un moment où tout est léger, mais où les premières émotions semblent plus fortes et importantes que jamais. Pour moi, ce mélange de naïveté et de pulsion impérieuse exprimé par Shyness, s’incarne en tout point dans Datura Noir. Son mélange de douceur poudrée et gustative par les notes fruitées, amandées et poudrées s’allie avec la violence étouffante de la tubéreuse et un fond plus sulfureux qu’il n’y paraît. Il parvient ainsi à figurer l’instabilité de cet âge et de ce moment si particulier où les limites sont troubles et où l’on vit les instants avec une intensité presque douloureuse. Alors que les cœurs et les âmes n’ont pas encore été façonnés et meurtris par le temps, les corps et les chairs prennent inexorablement le chemin de l’âge adulte, sans vraiment savoir pourquoi.

Toro BlancheNew Beat – Toro y Moi / Lumière Blanche – Olfactive Studio : *Moment nostalgie bis* Découvert grâce à un collègue de bureau à Montréal, Toro y Moi et son univers musical (chillwave) m’ont rapidement conquise pour leur aspect un peu rétro (années 80) et l’aspect ambiance “cool” qui se dégage de la plupart de ses morceaux. Si je voulais faire des jugements à l’emporte-pièce je dirais que, en gros, c’est de la musique de hipster. Mais c’est un peu générique. Quoi qu’il en soit, New Beat joue sur une mélodie assez simple mais agréable, souple, qui m’évoque des moments de tranquillité, de lectures, de balades. Bref des moments simples comme on les aime. Quoi de mieux alors qu’un parfum T-shirt bien musqué et propret pour l’accompagner ? Lumière Blanche me semblait correspondre à tous les niveaux. Ce parfum ne recèle pas en lui des trésors d’originalité, comme la chanson, mais fait tellement bien le boulot qu’on l’adore : sa note santalée douce et épicée de cardamome s’accorde en tous points aux notes sautillantes et espiègles de la *fausse* trompette (et comme vous le savez, j’adore la trompette, même les fausses), et ses muscs douillets répondent aux basses gentillettes de la chanson, à sa mélodie de synthé. Bref, un vrai combo de détente absolue que l’on devrait consommer plus souvent !

Avalanches EvasionRadio – The Avalanches / Vol de Nuit Evasion – Guerlain : J’ai eu du mal à trouver le bon parfum correspondant pour Radio. En effet, pour ceux qui connaissent The Avalanches et ce style de musique (dans le même genre on peut citer Wax Tailor), il se construit sur la base de “samples” qui sont ensuite assemblés, mixés et arrangés ensemble pour donner un nouveau morceau. L’effet est très particulier, et même si personnellement j’aime beaucoup, il faut avouer que ces morceaux laissent une impression de fourmillement et de bazar assez spéciale. La structure est démontée puis remontée et cela donne un patchwork de sons où il est difficile de savoir où donner de la tête, même si c’est bien. Bref, trouver un parfum pour celui-ci ne fut pas simple, car seuls les anciens parfums et les classiques pouvaient donner cette sensation d’empilement et de richesse foisonnante, notamment grâce aux multiples bases et matières naturelles utilisées en plus grandes proportions à l’époque. Mais un vieux classique sur un son et une méthode de création plutôt moderne me dérangeait, jusqu’à ce que je redécouvre Vol de Nuit Evasion il y a quelques jours, autrement dit, la version eau de toilette de Guet-Apens/Attrape-Cœur de Guerlain. Une empreinte très Guerlain avec ces effets de bases et d’empilement typique, une belle guerlinade et une évocation multiple : de Vol de Nuit mais aussi de Chamade par certains côtés, le parfait soulmate olfactif pour Radio ! On pourrait en plus pousser la correspondance avec l’aspect un peu rétro du parfum (par son aspect classique Guerlain poudré – ambré) et celui du morceau qui utilise des séquences de vieux films en noir et blanc et de vinyles datant de Mathusalem.

Miami AimeHolidays – Miami Horror / Elle L’Aime – Lolita Lempicka : Allez ! Si vous ne vous êtes pas encore levés pour danser, c’est le moment ! C’est la dernière ! Allez de-bout ! Et non ! Ne me dites pas que ce n’est pas votre genre de musique, ça balance bien, ça bouge, ça a du rythme, c’est trop le fun ! 😀 Le titre ne vous promet rien d’autre qu’un peu du soleil des vacances, on ne va pas le bouder parce qu’il est facile ! Au bout de ce rythme entraînant se cache une plage de sable doré, un soleil au beau fixe et une odeur de vacances faite de crème solaire et de boisson à la noix de coco. Holidays n’est pas plus compliqué que cela et c’est pour ça qu’on l’aime bien, parce qu’en plus, il a le mérite de ne pas être non plus totalement crétin. La mélodie est facile mais le son de qualité et l’ambiance n’est pas exempte d’une certaine pointe d’humour et d’auto-dérision, ce qui est toujours appréciable. C’est un peu la même chose pour Elle L’Aime (en tout cas je le vois comme ça), on peut facilement s’y abandonner parce que sa note est suave, sensuelle, à peine un peu vulgaire et gourmande. Mais c’est tant mieux ! Vous le voyez là ce soleil qui vient mordre la peau des seins huilés pleins de paillettes de la fille bronzée au bord de la piscine ? Oui, et alors ça vous fait quoi ? Ça vous amuse et c’est bien là le but ! On a tous besoin à certains moments de déconnecter et de verser un peu dans la facilité et la vulgarité, ça ne fait pas de nous des gens plus bêtes, simplement des gens plus humains ! Et ça, on y arrive grâce à la musique et aux parfums !

Avant de clore très rapidement ce billet qui fut beaucoup trop long mais tellement amusant, je dois vous dire que j’ai a-do-ré écrire cet article et que je serais ravie de vous en faire d’autres comme celui-là s’il vous a plu ! N’hésitez pas à me le dire en commentaire 🙂 Et maintenant, on danse !

6 commentaires

  1. 🙂 La version grands airs de la musique classique?

    Mon morceau de Daft Punk chéri entre tous c’est “Aerodynamics”. <3 <3 <3

    Merci de m'avoir fait découvrir des tracks qui m'étaient inconnues. Pas mon genre de musique, mais ta sélection est très séductrice et on sent la qualité. Si on était colloc', tu me ferais perdre cette impression de musique interchangeable et impersonnelle pour danser que me donne la musique électronique. Je suis comme un non-amateur de thé pour qui tout a le même goût d'herbes mis dans de l'eau chaude.

    Avec "Holidays" de Miami Horror, je me revois à Célio*. Et dans les boutiques de fringues, je pense couleurs et math. "Combien ça fait 40€ -30% pour ce pantalon bleu tape-à-l'oeil? uhm… 7€ fois quatre…".

  2. ” Alors que les cœurs et les âmes n’ont pas encore été façonnés et meurtris par le temps, les corps et les chairs prennent inexorablement le chemin de l’âge adulte, sans vraiment savoir pourquoi.”
    Magnifiquement dit, Poivrebleu, ces mots d’une poétique nostalgie 🙂
    Ce billet hors du commun m’a beaucoup plu. Je ne connais aucun des titres sélectionnés, alors ce fut une découverte!
    Koimynose

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