Se sentir belle… (Pourquoi se parfume-t-on ? Le billet-renouveau)

Il y a très très longtemps, dans un pays très très lointain, à un âge qu’il n’est plus permis de nommer, et dans une langue qu’il n’est plus possible de parler… (hum hum), j’écrivais ces deux billets : Parfum et Personnalité I, Parfum et Personnalité II.

Si je prends la peine de vous faire une introduction un peu tarte, c’est parce que ces billets ont été écrits dans les tout premiers mois de ce blog et me piquent franchement les yeux à la lecture. Pourtant ! Pourtant, je crois que déjà à cette époque, j’avais tout de même à peu près compris une partie de ce qui se passait, et j’ai été surprise de relire des choses qui me semblent encore pertinentes aujourd’hui. L’analyse présentée dans ces billets est assez sommaire et survole grossièrement la question du “Pourquoi se parfumer?”, mais des éléments restent d’actualité. J’avais surtout compilé dans ces articles des connaissances relativement communes, arrangées à la sauce Nez Bavard. Je vous saurais gré d’être cléments et compréhensifs avec moi, si jamais vous les relisez. Aujourd’hui, et comme cette question ne cesse de me tarauder depuis presque 7 ans maintenant, je voudrais vous apporter mon sentiment sur la question, plus actualisé, et surtout beaucoup plus personnel.

Mucha-Journée

De nos jours, beaucoup de produits existent dans le but de permettre à celles et ceux qui les utilisent de se sentir plus belles et plus beaux, plus désirables, d’avoir une meilleur image d’eux-mêmes, d’avoir plus confiance en eux. Les vêtements pour exprimer sa personnalité, le maquillage pour camoufler et mettre en valeur ses atouts, les crèmes pour avoir la peau douce et le corps ferme (en tout cas on essaie)… Et puis il y a les parfums.

Pris de loin, comme ça sans réfléchir, les parfums pourraient être considérés simplement comme un accessoire, comme la touche finale qui viendrait apporter la cohérence à l’ensemble. Ils le sont parfois bien sûr, mais jamais uniquement. Et vous et moi savons bien que c’est le “jamais uniquement” qui compte.

Car on trouve dans un parfum ce que d’autres produits de beauté n’expriment qu’avec difficultés : un tableau d’émotions, une carte de ressentis, une mosaïque de sentiments et un faisceau de souvenirs. Peu importe en vérité que ces intimités ne soient pas les nôtres en arrivant à la rencontre d’une création, elles vont le devenir car celui ou celle qui porte un parfum se l’approprie. Il se reconstruit avec nos propres chemins et nos histoires singulières. Le parfum est probablement un des rares produits de beauté à la transporter et à l’exprimer aussi fort en lui-même.

Je crois avoir fini par comprendre, après tout ce temps, ce qui, pour ma part, rend la beauté du parfum si touchante. Elle est pour moi plus vibrante et plus parlante que celle des autres arts, même si la sensibilité à la beauté donne des raisons de s’émerveiller tous les jours, à commencer par l’observation de la nature. A vrai dire, je pense que la beauté du parfum est humaine. Elle a quelque chose de profondément naturel et humain. Quoi de plus humain que cette beauté qui ne se vit que sur des instants, des moments qui n’ont de cesse de se produire et de s’évanouir, avant de recommencer ? Cette beauté, chaque matin, naît dans un jaillissement premier, vit sur la peau et dans l’air, puis meurt le soir, avant de renaître la fois suivante, dans un éternel recommencement.

La beauté du parfum se vit dans la chair des hommes et des femmes qui la portent. Elle a quelque chose de fondamental mais parfois aussi de commun, car elle est quotidienne et parfois mécanique. Mais elle vit pourtant, car une odeur n’est pas figée et immuable : elle apparaît, évolue, se dégrade avant de disparaître. En mimant ce perpétuel cycle, le parfum me semble être quelque chose de viscéral, même s’il est d’apparence bien futile, il est vrai. Mais comme la vie, le parfum a quelque chose de gratuit et c’est probablement ce qui le rend aussi beau.

En fusionnant avec celui ou celle qui le porte, le parfum sert de liant et de moyen d’expression de la beauté humaine et intérieure, en la faisant sortir sous d’autres traits que ceux du visage ou du corps. Il crie une intériorité, met à nu la personne qui le porte. Mais tout se passe sans que l’on voit vraiment, sans que l’on sache vraiment… Porter un parfum que l’on aime, aimer ce que l’on sent et aimer ce que l’on donne à sentir aux autres : on parle bien de nous.

Alors pour me sentir belle, même sans maquillage et habillée en tenue de tranquillité (comprendre ici : “vêtements informes et délavés”), je n’ai qu’à choisir dans ma collection de beaux parfums, qui le sont à mes yeux en tout cas, celui qui traduira le mieux mon intimité, mon intériorité du moment. Celui dont j’aurai envie pour me calmer ou me dynamiser, celui qui m’aidera à réfléchir ou à m’évader, celui qui fera qu’une fois appliqué, je n’aurai plus de doutes et plus de craintes, alors qu’il me susurrera à l’oreille : “Tu es bien vivante, et oui, tu es belle “.

Voici, à mon sens, pourquoi on se parfume, pour vivre et faire vivre sur la peau de la beauté, lui donner un espace, se l’approprier, la faire sienne, la rendre plus réelle, plus vivante, plus humaine en l’absorbant dans notre sang avant de la faire ressortir.

Et vous, pourquoi portez-vous du parfum ?

Photo : Le Matin, Le Jour, Le Soir, La Nuit par Alfons Mucha

3 commentaires

  1. Est-ce que dans 7 ans tu rougiras de ce billet? 😉

    Je crois que le parfum est un medium, un véhicule, une ouverture sur quelque chose qui nous dépasse.

    Sa vie sur la peau est comme une danse de village. Elle n’est pas si contrôlable que ça, structurée et déstructurée à la fois, codifié mais surprenante.

    Je rejoins la description hédoniste que tu fais du parfum, en cela que profiter du présent demande un abandon.
    Pour exemple je remarque qu’en dehors des test, je choisis souvent parfum en qui j’ai le plus confiance, en plus de le choisir en fonction de l’occasion. *

    Comme lors d’un rendez-vous avec un ami, on sait qu’on va revoir un visage une voix un humour, mais on ne sait pas si l’alchimie va reprendre, le goût particulier de cette amitié. C’est une anxiété idiote, mais elle fait le sel du miracle renouvelé qu’on trouve à retrouver un parfum qu’on ne finit jamais de découvrir.

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    * C’est d’ailleurs peut-être pour ça que les amoureux des parfums sont mal à l’aise par les descriptions commerciales qui appuie la fonction utilitariste, artificielle, et calculé du parfum.
    D’ailleurs encore, les campagnes de pub qui ont connu les succès les plus fracassant parlaient plutôt de “s’adonner” à son parfum : Opium, J’adore.

    1. Bonjour Julien!

      Je ne sais pas si j’en rougirai, je n’espère pas, mais encore faut-il espérer que ce blog sera toujours là dans 7 ans, ce qui pour le moment me paraît loin… 🙂
      Je suis tout à fait d’accord avec toi lorsque tu parles des descriptions utilitaristes des publicités, car je pense que c’est en partie le problème du discours des grandes marques… Elles ont besoin de donner des éléments d’identification pour que les gens soient attirés et curieux de le sentir, mais comme je l’évoquais dans mes vieux billets, la plupart des gens se dirigent alors vers un parfum plus parce qu’ils se reconnaissent dans le message que parce qu’ils se reconnaissent dans l’odeur. Et de toute façon, l’odeur est bien souvent tellement consensuelle que ce n’est pas bien difficile…

      Et je suis aussi d’accord avec toi à propos des retrouvailles parfum / peau. Si cela fait un moment que le parfum n’a pas été senti et porté, on a peur de ne plus s’y retrouver, mais d’ailleurs, parfois, cela arrive. Le parfum ne nous correspond plus et ne parvient plus à nous toucher comme avant, il nous dérange et nous envahit… Cela m’est arrivé, et dans ce cas, généralement, je le laisse de côté pour un temps, en attendant de retrouver une période plus propice, un état d’esprit qui lui corresponde mieux…
      Mais souvent les retrouvailles se passent bien, tout de même !

  2. Pour moi le parfum montre qui on est honnêtement. On essaie de faire passer sa personnalité par le style vestimentaire, mais j’utilise personnellement le parfum pour décrire mon humeur, raconter mon histoire, dire et faire sentir en toute honnêteté qui je suis.
    Et puis je pense que sentir sur soi un parfum qui reflète parfaitement ce que l’on sent à l’intérieur est le meilleur moyen de se sentir encore plus en confiance dans ce qu’on est. Le parfum est mon soutien, il me rend audacieuse, aventurière ou parfois juste joyeuse. Il me permet d’être authentique même quand la situation réclame que la diplomatie prenne le pas sur la vérité.

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