Le Nez Bavard

de Poivrebleu

Labdanumania / Wazamba – Parfum d’Empire

Wazamba - Parfum d'Empire
Wazamba – Parfum d’Empire

En découvrant la gamme de Parfum d’Empire il y a quelques années, j’y ai trouvé un univers fort et marqué. Si je dois avouer que certaines des créations de Marc-Antoine Corticchiato ne me parlent pas et que sa patte parfois “brutaliste” me dérange, il se dégage néanmoins de ses créations un témoignage touchant auquel je ne suis pas insensible, car je m’y retrouve.

Ce témoignage est celui d’un homme amoureux de sa terre, de son histoire, de ses couleurs. C’est celui d’un homme qui cherche à transmettre à ceux qui l’écoutent, son idée de la beauté, une beauté enracinée dans les plantes, la terre et la pierre, une beauté vivante et vibrante, empreinte de nature. L’histoire personnelle du créateur a, comme beaucoup d’entre nous, déterminé son affection pour la parfumerie, et il n’y a rien d’étonnant à ce que Marc-Antoine Corticchiato soit un amateur de notes puissantes, ayant du caractère et une réelle personnalité. Immortelle, encens, tubéreuse, benjoin font partie de son langage, tout autant que le labdanum bien sûr.

Rien de très surprenant alors que cette série sur le labdanum ait compté parmi ses élus, deux parfums de cette maison. Ambre Russe représente, tel que je le perçois, l’interprétation de l’accord ambré traditionnel par son créateur, qui a donc voulu lui rendre hommage tout en utilisant des matériaux plus récents aux effets plus modernes. En miroir, Wazamba est une interprétation du labdanum, de son aura spirituelle et charnelle en parfum.

Wazamba est donc un hommage au labdanum, et un hommage si complet qu’il en est devenu un encens pour la peau. La charge sacrée de cette splendide résine est démultipliée à mesure que l’encens, l’oliban et la myrrhe inondent la peau de leur pouvoir mystique et de leur aura spirituelle. Les aldéhydes contribuent à rendre la sensation plus diffusive, et produisent d’ailleurs un effet relativement inattendu : n’étant pas

Fumée
Fumée – Photo : Olivier Paquereau pour ruedulavoir.com

couplés avec des fleurs comme on le sent régulièrement, leurs facettes métalliques se mélangent aux effets épicés et minéraux de l’encens et propulsent les notes au devant de la peau dans un effet montant, un peu râpeux. Pour radoucir l’ensemble, des notes fruitées de pommes et de prunes se dévoilent au fur et à mesure de l’évolution, et se marient naturellement à la facette fruits caramélisés du labdanum.

Avec cette sensation étrange de sentir sa peau en combustion, Wazamba donne la sensation d’un écran de fumée qui entourerait celui ou celle qui le porte, lui conférant une aura mystique et mystérieuse.

Au final, c’est probablement le seul parfum de la sélection que je n’aurai pas réussi à personnifier. J’aime en partie cette situation, car cela détache quelque peu le labdanum de son utilisation charnelle dans les parfums. On en revient à son utilisation ancestrale, une utilisation dans les compositions à brûler qui le démarque donc un peu de son aura ronde et ambrée. J’aime cette utilisation brutale de la matière, qui malgré son aspect dur et sec (car séché par le brasier de l’accord) dans ce parfum, ne peut pas s’empêcher de fondre sur la peau et de retrouver, sur le fond, la voie de la chair. Ou bien peut-être est-ce moi qui dirige le labdanum toujours sur les chemins de la peau, chemins qu’il semble pourtant connaître comme sa poche…

 

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