Labdanumania / Les Jeux Sont Faits – Jovoy

Les Jeux Sont Faits - Jovoy
Les Jeux Sont Faits – Jovoy

Lorsque j’ai voulu préparer cette série autour du labdanum, j’ai listé sur mon cahier tous les parfums ambrés que je connaissais. Puis j’ai éliminé ceux qui étaient trop éloignés de la sensation “résine” à mon goût, ou encore, ceux que je trouvais trop classiques dans leur construction et leur sillage. Ainsi, Ambre Extrême de l’Artisan Parfumeur est passé à la trappe car trop amandé – fève tonka et épicé. De même Ambra Aurea, qui reste par ailleurs un très beau parfum poudré, rond, au sillage monstre, était vraiment trop traditionnel et enrobé dans ses draps de poudre et de vanille.

Cet exercice de sélection m’a fait prendre conscience que le travail autour de la note du labdanum était relativement technique, mais aussi très personnel, dans la mesure où l’accord ambré ne s’apparente pas à une matière première en particulier. Bien que nous ayons forcément des références communes, un bon “ambre” s’évalue en fonction de ce que l’on recherche dans celui-ci.

Vous l’aurez donc compris depuis le début de la semaine, je n’aurais pas nommé cette série Labdanumania si je n’étais pas attirée fondamentalement par cette matière… Il se trouve qu’elle me ramène, quoi que je fasse et quoi que je cherche, vers cette famille, cette sensation “ambrée”. Pour moi, il y a forcément quelque chose à comprendre. Et pourtant, trouver un bon parfum de ce type et qui illustre aussi avec justesse le labdanum n’est vraiment pas chose aisée.

Les Jeux Sont Faits, composé par Dorothée Piot pour les parfums Jovoy de la boutique éponyme, est l’un des labdanums les plus francs du collier que je connaisse (même si je préfère tout de même Amber Absolute) car son enrobage s’est éloigné encore une fois de la rondeur “vanillesque” pour nous proposer une interprétation plus minérale, peut-être un peu plus brute, de la matière. Le plus fascinant dans ce parfum est sans doute son côté agent double totalement inattendu… Rien ne laisse présager au départ, si vous n’avez pas lu les notes quelque part, que ce parfum est au fond de lui, un être chaud et séducteur.

Son costume gris souris fait d’un bouquet d’angéliques fraîches lui donne une aura argentée et quelque peu austère de prime abord. Caché derrière ses

Daniel Craig
Daniel Craig

lunettes noires, impossible de saisir son regard et de sonder ses pensées. Ses mouvements sont calmes, sa démarche assurée, sa stature imposante. On a presque la sensation, pendant un moment, que c’est lui, le parfum, qui nous observe et attend que l’on commette un faux pas qui lui permettrait de s’engouffrer dans la brèche de notre cœur. Mais en fait, à vrai dire, ça marche bien. À force de rester là à vous observer, fumant une cigarette dans son costume hyper seyant, on finit par ne plus en pouvoir de toute cette tension… Et juste à ce moment-là, il vous décoche un sourire de bombe atomique tellement désarmant que votre robe en tombe toute seule à vos pieds…

Les Jeux Sont Faits porte donc bien son nom. Car la suite de l’évolution, sans être particulièrement animale ou sale, évoque sans détours l’odeur salée et à peine un peu acide d’une peau qui a transpiré, accompagnée d’une note encens, boisée moelleuse (tabac) et doucement épicée (cumin), qui contraste donc très nettement avec le départ froid et frappé/alcoolisé (rhum) de la tête. C’est une note contre laquelle on a envie de poser sa tête, comme on la poserait sur le torse d’un homme pour le caresser. Ce parfum évoque pour moi ces moments d’intimité où le temps n’existe plus, où la nudité la plus parfaite s’accompagne d’une tendresse complète, où l’on ferme les yeux en ne pensant qu’au contact divin et parfait d’une peau contre une peau.

Le labdanum est la seule matière qui m’évoque réellement et naturellement cette sensation, plus que d’autres matières animales de la palette du parfumeur. Cette impression se retrouve très bien lorsque l’on sent la feuille du ciste, légèrement recouverte de résine : la note qui s’en dégage est présente mais subtile et figure parfaitement cette odeur de peau un peu chaude et salée.

Plus on avance, plus on touche du doigt le fait que le labdanum est l’une des matières les plus sensuelles qui existent, sans que jamais elle ne sombre dans le fécal. C’est l’équilibre naturel de la note, entre animalité et végétalité qui la rend aussi addictive et attirante. Note dont je ne pourrais plus me passer aujourd’hui, vous l’aurez compris !

PS : Et OUI, j’ai un gros faible pour Daniel Craig 😉

3 commentaires

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *