Ouverture de Sephora à Montréal. Bilan.

Le premier juin dernier, croyez-le ou non, mais je ne tenais pas en place. Comme en témoigne la charmante photo que vous avez peut-être vue passer sur Twitter, je ne pensais qu’à me rendre, à 17 h tapantes, aux portes de l’antre du diable de la beauté et de la parfumerie :

Vue d’intérieur – Sephora Montréal (Photo The Gazette)

Sephora. (Oui bon, parce qu’en fait, moi le premier juin à 10 h, je travaillais !)

Surprenante excitation pour la fervente admiratrice d’une parfumerie alternative, audacieuse, surprenante et hors des sentiers battus que je suis. Pourtant, malgré le peu de bonnes propositions olfactives que ce magasin semblait capable de me faire, j’étais heureuse. Heureuse de pouvoir aller retrouver, mine de rien, un environnement quelque peu familier, une sélection de parfums grand public qui pourrait, malgré tout, me tenir à jour, un agencement en libre service et un magasin dédié aux parfums et produits de beauté. Car oui, lorsque vous êtes privée des espaces interminables des grands magasins, de la multitude des petites boutiques où vous aimez aller flâner un samedi entre amis, bref, de la sélection gargantuesque que vous offre la capitale française, eh bien oui, quelque part, l’ouverture d’un Sephora vous réjouit.

Puis bien vite, elle vous déçoit aussi. Car lorsque vous arrivez, vous constatez en moins de temps qu’il n’en faut pour le lire, que vous êtes en Amérique du Nord. Et que les parfums ici, on s’en moque un peu. Sur la surface disponible du magasin qui, sans pouvoir rivaliser avec celle du Vaisseau Amiral des Champs-Élysées, est somme toute, vraiment raisonnable (le plus grand au Québec me dit-on ?), je dirais que seul 1/5e est dédié aux parfums. Mais ne nous décourageons pas ! Peut-être qu’au moins, le minimum vital est présent. Et puis finalement, non. Pas de Dolce Vita, pas de Paris, pas de… CHANEL (la marque au complet est absente), mais bon, du Guerlain. Ah mais, pas tout Guerlain. Shalimar Parfum Initial L’Eau : Ouiiiiii, mais L’Heure Bleue : Noooooooon… Vous l’aurez compris. Le magasin ne référence que ce qui est susceptible de “réellement” se vendre, et ne cherche absolument pas à fournir une sélection fouillée et fournie (en tout cas, en ce qui concerne le parfum).

Quelques bonnes surprises cela dit, très légères, mais bonnes tout de même :

La présence de deux parfums d’une créatrice de vêtements montréalaise, Marie Saint-Pierre, qui nous propose sous l’étiquette du parfum B, une version plus sucrée de Filles en Aiguilles de Serge Lutens, mais qui a le mérite de surprendre. D’après la sélection du Sephora en effet, on pourrait s’attendre à ce que les odeurs typées et racées des bois, de l’encens et des épices ne sont pas pour les Québécoises, non, c’est bien connu, ces filles-là n’aiment que la lessive. (Je suis personnellement convaincue du contraire.)

La deuxième surprise m’a fait presque danser il faut le dire : une partie de la Private Blend de Tom Ford est actuellement disponible dans le magasin, et bien que toutes les références ne soient pas disponibles, j’ai tout de même pu me noyer dans Noir de Noir et Tobbaco Vanille le temps d’une mouillette (+++).

Dernier point positif, mais ici, plus sur l’idée que sur les produits en eux-mêmes : comme j’avais pu le constater à New York l’été dernier, un bon nombre de marques propose des formats de flacons à bille de petite contenance, soit 15 à 20 ml, pour un petit prix (entre 20 et 26 $ CAN). Une option intéressante et non-négligeable pour les gros acheteurs de parfums qui veulent parfois simplement une quantité limitée.

J’ai l’air de me plaindre comme ça, je sais. Je suis déçue, oui, parce que bien que le Québec soit un peu à part, les choix effectués par ce magasin sont représentatifs de la consommation des parfums et produits de beauté en Amérique de Nord : le positionnement est à 80%

Le Nail Bar (Photo The Gazette)

orienté vers le soin et surtout le maquillage. En témoigne le grand corner-boutique dédié à Make-Up For Ever (qui donne MUFE en sigle, ce que je trouve particulièrement vilain), un Nail Bar digne d’un magasin de tuning automobile, et une ribambelle terrifiante de marques de soin dont j’ai oublié le nom.

Mais de quoi devrais-je me plaindre ? Je suis tout de même à Montréal, où, dans les pires moments de désespoirs olfactifs (comme celui vécu après l’annonce des résultats des FiFi Awards France, et notamment le prix des Experts), je peux tout de même aller me réfugier cher Ogilvy, où L’Artisan (seul capable de me réconforter), siège au milieu d’autres marques chères à mon cœur comme Dyptique, Serge Lutens, ou Annick Goutal.

L’éveil olfactif est une discipline longue et ardue. Elle n’a même pas encore la place qui lui est due, en France, où malgré quelques lueurs d’espoir, on continue de marteler qu’ “un parfum n’est pas appropriable par le droit d’auteur. C’est une connaissance intellectuelle qui appartient à tout le monde” (Extrait de l’article du Monde paru le 15 juin 2012). Alors il faudrait probablement ne pas avoir trop d’ambition pour les terres lointaines que sont le Canada, ou les États-Unis…

Les parfums me manquent. Terriblement.

PS : Je n’ai délibérément pas parlé du Fragrance Flight Bar, un dispositif “original”, développé à l’aide d’une application iPad, qui serait susceptible de vous aider à choisir votre parfum, “à l’aveugle” (donc sans tenir compte des a priori marque – flacon, très bonne idée donc) et en fonction de l’humeur du moment. En effet, le dispositif était cassé lorsque je m’y suis rendue, et je n’ai donc pas eu la possibilité de le tester correctement.

26 commentaires

  1. Il y a aussi toute (je crois?) la ligne Atelier Cologne, qui ne se trouvait pas à Montréal jusqu’alors. C’était mon heureuse surprise quand j’y suis allée.

  2. C’est vrai que, après ce constat à Montréal, Paris ressemble à un paradis retrouvé. Un jardin où fleurit partout petite boutiques et grand halls. Profusion, prospérité, exploration infinie.
    Et j’aurais plaisir à refaire des promenades, comme des enfants, avec toi, au milieu des forêts de flacons.

    Il n’y avait pas Fracas de Piguet là-bas? La rumeur dit qu’il est presque trop porté aux USA. Ainsi on trouverait les 2 tendances “the apologetic (les lessives) and the unabashedly (les gros tanks olfactives qui écrasent tout sur leur passage)”.

    As-tu chopé des passantes avec des parfums? Je veux dire, comme parfois on chope le parfum d’une passante en s’engouffrant dans une bouche du métro, à Paris.

    Je ne pense pas que les canadiens soient effarouchés par les parfums. C’est presque là l’occasion d’être le premier à proposer des marques originales et de se faire une clientèle fidèle. Apparemment Ogilvy fait cela.
    Québec, esprit pionnier, peut-être que je reproduit un schéma maladroit.

    Eh oui, les juridictions confirment que le parfum n’est pas une propriété intellectuelle. Paradoxalement ça ne va pas inciter les gens à partager leur savoir. Alors qu’avec la culture internet, avec cette mode de la culture du don, ou du partage de ce qui fait plaisir, y’a moyen.
    Je me demande, si cette décision reflète l’inculture de l’homme moyen sur les parfums : des objets trop intangibles pour être reconnus comme oeuvres de l’esprit?
    Ou si cette décision résulte d’un équilibre savant : donner un monopole d’exploitation sur des formules, c’est donner un pouvoir démesuré aux grands groupes, qui là aussi peut être un danger pour l’innovation.

    A défaut d’émoi olfactif, peut-être peux-tu partager sur ton blog quelques émois gustatifs?

    1. Contente de te lire à nouveau Julien 🙂

      Et je serai ravie de pouvoir me balader à nouveau dans la capitale, à la recherche… A la recherche de quoi précisément, je ne sais pas…

      J’ai chopé, quelques fois, une ou deux surprises agréables dans les rues de Montréal, mais il faut avouer que c’est bien rare. Et sans vouloir faire des clichés réducteurs : la plupart du temps, lorsque le parfum semblait un peu recherché, il s’agissait souvent de Françaises. Mais j’ai surtout rencontré (elles se reconnaîtront je l’espère :- ) ) de prodigieuses amatrices québécoises lors d’une réunion “tupperware” dans les règles de l’art… Et ces dames m’ont prouvé que les stéréotypes sont faits pour être déconstruits.

      Pour ce qui est de l’inculture de l’homme moyen… Je dois t’avouer que je n’ai pas le courage de te répondre ce soir. L’équation IFRA+FiFi m’a vraiment tapé sur le système ces derniers temps et j’ai failli écrire un billet “Je ne suis pas contente”, mais je me suis dit que ce n’était pas très constructif. Alors je vais attendre un peu pour mettre mes idées en ordre et nous verrons bien.

      Pour l’heure, je vais manger! 🙂

  3. Alnysie vous avez raison! J’ai omis de parler d’Atelier Cologne… Mais en vérité, et je glousse un peu en le disant, cette ligne m’a vraiment peu marquée lorsque je l’ai découverte, bien que les parfums soient harmonieux… C’est une marque un peu exclusive il est vrai, mais pas particulièrement originale du point de vue olfactif (de mon point de vue).

  4. D’abord, bienvenu au Québec!
    J’espère que vous vous y plairez malgré le “désert olfactif” qui semble se présenter à vous. Quatre mois, ce n’est pas un peu court pour avoir une bonne idée de l’intérêt réel des Québécois(e)s pour le parfum? Je vous concède que l’offre est réduite si on compare à Paris ou même à New York, mais le bassin de population n’est pas le même. Si vous passez par Québec, la rue Cartier abrite une jolie boutique, Esprit nouveau, qui vend les produits de l’Artisan parfumeur et ceux d’une maison anglaise (le nom m’échappe). Je crois aussi que l’on trouve les Serge Lutens, toujours à Québec, sur la rue Saint-Joseph. Pour Montréal, comme j’y suis revenue il y a peu, je vais découvrir tout comme vous mais il y a sans aucun doute des trésors cachés.
    Pour ce qui du rapport des Québécoises face au parfum, la relation est souvent très intime, discrète, dans le dosage comme dans la manière d’un parler (ou même de garder pour soi ce que l’on porte).
    Nous aurons peut-être l’occasion d’y revenir et je serais curieuse de connaître vos impressions.
    Cordialement

    1. Hermeline,

      Sachez que je ne prétends absolument pas avoir fait le tour de la question concernant l’intérêt des Québécoises pour le parfum. Je pense pour ma part qu’il existe, mais pour préciser ma pensée, je pense qu’il n’est pas perçu par l’industrie/les marques/les acteurs de la parfumerie comme étant réel ou assez important pour qu’un réel investissement soit fait. Il me semble ensuite que chez certaines, il est en “dormance”, comme c’est le cas chez beaucoup de personnes me direz-vous, mais c’est peut-être plus le cas au Québec, dans la mesure où l’attention ne se porte pas particulièrement sur cet élément de la beauté. En plus de quoi, “l’exposition” au parfum me semble réduite par rapport à d’autres pays/d’autres cultures au sens large.
      L’odorat de façon générale est un sens dont on parle peu, probablement parce qu’on le connaît assez mal. Résultat, chez de nombreuses personnes, cet intérêt peut rester insoupçonné très longtemps, et ne se révéler qu’au détour d’un événement, d’un choc, d’un changement particulier. Je m’explique. Si l’on propose à un enfant de dessiner, de lire, de peindre, de jouer d’un instrument, on peut s’attendre à ce qu’il finisse par se diriger naturellement vers l’activité avec laquelle il a le plus d’affinités. Or, pour poursuivre mon raisonnement, dans quelle mesure y a-t-il un éveil olfactif chez les enfants (qu’il soit fait par les parents ou à l’école)? Mon raisonnement est très schématique, mais c’est juste une façon d’illustrer le fait que lorsqu’on ne propose pas, l’intérêt peut ne pas se voir ou se révéler. A cette dimension, on peut alors ajouter la couche “culture”. Sans vouloir rentrer dans des caricatures, et surtout en essayant de ne pas trop parler de ce que je ne connais pas, je ne crois pas me tromper en disant qu’il y a une certaine “culture” du parfum en France, et que celle-ci est moins présente en Amérique du Nord. D’où mon idée de dire que l’intérêt est donc en “dormance”… et qu’il faut probablement le réveiller. [Mais juste pour faire le bémol, il est parfois difficile de vouloir susciter, créer un intérêt pour quelque chose, alors que la culture ambiante ne s’y prête pas. Et pour parler d’un point de vue économique, pour une marque, susciter l’intérêt ne suffit pas lorsqu’il s’agit de faire tourner une entreprise…]

  5. à chaque fois, c’est une petite surprise pour moi, à laquelle je suis régulièrement confronté, mais…
    Effectivement, Guerlain est une mythe franco-français qui ne signifie pas grand chose hors de l’hexagone et ne s’exporte pas vers d’autres cultures. Je le vois tout les jours à Bruxelles ou la marque semble surtout présente pour les francophones mais parait sans prestige (face aux américains par exemple) dès qu’on va voir du côté flamand. à chaque fois, je me dis “mais GUERLAIN quand même! Shalimar, L’Heure Bleue tout ça, quoi!” Mais non…

    1. Bonjour Dominique,

      Je suis probablement mal placée pour répondre à propos de Guerlain étant donnée que je suis Française… Cela dit, je ne crois pas que Guerlain ait si peu de résonance que cela dans l’esprit des femmes d’autres cultures ou d’autres nations. Même si son image reste très française, le nom n’est pas inconnu…
      Aujourd’hui, la position n’est pas la même, Guerlain s’exporte et veut se faire aimer d’une clientèle plus internationale. La maison est désormais connue pour autre chose, et il est probablement difficile de faire redécouvrir un patrimoine à des nations qui ne l’ont pas connu.
      Je crois qu’auprès des Américains et de beaucoup d’autres nations, la seule marque qui représente le luxe français reste Chanel.

  6. Un peu étrangement, au Québec, outre les grandes surfaces qui tiennent les marques mythiques, les Guerlains ( aussi Lalique, Boucherons, Chanel évidemment, Bulgari et autres), se trouvent dans les petites parfumeries indépendantes, celles où on n’ose pas entrer juste pour sentir et faire des essais (même si on devrait). Cela dépend de la culture de la ou du propriétaire, mais on peut avoir de belles surprises une fois la première timidité vaincue (je parle pour moi ici). Mais même à New York ce n’est pas toujours si évident. La boutique Caron par exemple n’est pas facile à trouver, il faut passer par Phyto qui occupe le rez-de-chaussé, prendre l’ascenseur et là on accède à la boutique Caron que rien n’indiquait. En parlant de Caron, je suis repartie avec une des Eaux de Caron, Fraîche (je n’avais pas été impressionnée par la première que la vendeuse m’a fait sentir, Pure, trop cologne pour homme à mon goût. C’était par contre la préférée de mon conjoint qui voulait m’offrir un Caron pour mon anniversaire). Concernant Fraîche, elle est agréable, facile à porter même en pleine canicule, mais évidemment elle a très peu de tenue. Elle pourrait être complétée harmonieusement par quoi pour le soir, une fois la chaleur diminuée?

    1. Bonjour Hermeline,
      L’habitude des grandes surfaces est un phénomène de nos sociétés de consommation qui n’a pas épargné le domaine des parfums, sachant qu’à l’image de ce que vous décrivez, les petites parfumeries sont aujourd’hui très loin de nos habitudes d’achat, et tendent donc à disparaître. La distribution de parfum au Québéc (en tout cas à Montréal pour ce que j’ai pu en constater) est éclatée entre différents acteurs, ce qui laisse, d’une certaine manière, pas mal de choix (pour des parfums grand public). En France, la distribution s’est concentrée soit dans les grands magasins, où, dans le cas des grands magasins parisiens, l’offre est la plus large, soit dans les grandes surfaces dédiées que sont les Sephora, Marionnaud, Nocibé. Subsistent à droite à gauche, quelques petites parfumeries indépendantes mais où personne n’ose plus rentrer en effet, de peur de se faire agresser par la vendeuse sur les dents dont la clientèle baisse d’année en année.

      Concernant votre question sur Caron, je ne connais malheureusement pas Fraîche, mais vous semblez m’en parler comme d’une cologne. Pour rester dans de la fraîcheur mais avec un peu plus de tenue, je vous conseillerais Les Nuits d’Hadrien d’Annick Goutal, déclinaison plus prononcée et plus boisée du classique de la maison, L’Eau d’Hadrien.

  7. Je suis d’accord avec vous. Les distributeurs ne tentent pas de différencier le Québec, qui est un petit marché, et l’englobe dans le plus vaste marché de l’Amérique du Nord. Et il est vrai que nous n’avons pas de tradition concernant la parfumerie, du coup on part de très loin pour développer cette sensibilité olfactive. Mais comme rien n’est jamais perdu (ou presque), les intéressés dont je suis vont s’y mettre sérieusement.
    Pour l’eau de Caron, Fraîche, la dominance est nettement citronnée avec plus tard le vert mais l’agrume demeure présent.

    Description que j’ai trouvée:
    Tête : Citron, bergamote, pamplemousse blanc, thym
    Cœur : Basilic, mandarine, rose, jasmin.
    Fond : Bois?, musc
    Je n’ai perçu ni la rose, ni le jasmin cependant.

    Merci pour la suggestion et bonne journée

  8. Hello,

    Je ne savais pas du tout que Sephora n’était pas implanté là bas. C’est déjà bien d’en avoir un à présent, comment font les beauty addicts et les amoureux du parfum ? Aux USA on trouve tout, y compris le makeup des collections d’automne ( Chanel, Dior sur Nordstrom ), les Américaines savent déjà qu’un nouveau Chanel féminin va sortir très bientôt et certaines ne jurent que par Guerlain ( au même rang que M.A.C ou MUFE ). Questions parfums elles en connaissent un rayon, du moins celles qui recherchent le high end ou même l’über luxe. Pour l’Américaine lambda il est clair que les anciens Guerlain ou les parfums de niche sont peu reconnus. Malgré tout Chanel est vraiment LA référence luxe aux USA. Très souvent c’est une citation de Coco Chanel qui revient dans les blogs ou les sites. Le Québec m’est inconnu, j’étais loin de m’imaginer l’état des lieux. C’est dommage pour le parfum, mais s’il n’y a pas de “tradition olfactive ” alors c’est ennuyeux, mais cela peut se rattraper !
    Ici en France, très honnêtement et sans vouloir incendier ma ville ( Bordeaux ), il faut être à Paris pour profiter pleinement de l’univers des parfums. Evidemment nous avons plus qu’à Montréal ( 5 Sephora je crois bien, BS, Marionnaud, Nocibé, l’Artisan Parfumeur en boutique propre, des parfumeries de niche ) mais une enseigne comme Jovoy serait bienvenue. Bref, en province on se sent parfois à des années lumière de ce qui se fait. Reste Internet et tous les sites de vente en ligne, ils sont extrêmement nombreux en réalité, de quoi assouvir sa passion envers et contre tout ou tous en attendant la percée olfactive au Québec.

    1. Bonjour Dominique,

      Difficile de créer une tradition qui n’existe pas en effet… Et lorsqu’en plus on constate dans quel état se trouve la tradition dans les pays où elle est le plus implantée, il y a de quoi s’inquiéter…
      L’évolution des choses passera pour moi par une évolution des mentalités, une curiosité et bien sûr, une éducation olfactive, qui se fait attendre, mais qui pourtant ne demande qu’à prendre la place qu’elle mérite. Cela vaut pour le Québec, mais aussi pour la France…
      Néanmoins, avec le temps et le nombre de personnes qui prennent la parole pour faire valoir leur intérêt, je finis par me dire que la cause du parfum finira par être entendue…

  9. Et en plus vous avez Illamasqua ! Certes, ce n’est pas du parfum ( sauf Freaks ), mais du maquillage londonien très prisé tout de même ! On adhère ou pas, mais quelle chance d’avoir cette marque directement pour votre 1er Sephora ! Qui sait, le reste suivra ! Quant à Freaks, je ne l’ai jamais senti, peut être en aurez vous l’occasion à Montréal justement.

  10. Bonjour! Vous parlez de désert… Moi qui m’intéresse de plus en plus aux parfums naturels, j’ai beau habiter Annecy, où l’on trouve par exemple L’Artisan et quelques Goutal, eh bien, en la matière, j’habiterais Paris, je me sentirais tout autant en plein “désert”! 😀
    Que ce soit au milieu des rayons d’un Séphora ou d’une parfumerie spécialisée en parfums de niche, idem!
    Heureusement qu’il reste la poste et les sites de décants et autres échantillons (surrendertochance.com, par exemple)!

    1. Bonjour Caroline,

      Il est évident que si vous prenez le virage du naturel, vous entrez dans la niche de la niche ! Mais n’avez-vous pas la sensation de vous fermer à une très grande partie des créations olfactives de qualité ?

      1. Je me concentre particulièrement sur le naturel mais je ne perds pas le “non-naturel” de vue! Je continue à porter Habanita ou 1697… Et je m’intéresse au naturel autant qu’à l’artisanal “mixte” (qui mélange les matériaux naturels avec un peu de synthèse).
        Je me sens beaucoup moins fermée que beaucoup de perfumistas qui répètent à tout bout de champ que “le naturel c’est de la crotte”, alors qu’ils ne se sont guère donné la peine de sentir ce qui existe en la matière! 😀

  11. Bonjour!

    Il y a l’offre, souvent réduite hors Paris il est vrai, et l’accueil qui, hélas, n’est pas toujours à la hauteur de nos attentes. À moins d’être très fortuné, le parfum demeure un produit de luxe qui doit être approché dans de bonnes conditions, puis vérifié sur soi, revérifié… Malheureusement, l’expérience en magasins n’est pas toujours optimale: trop d’odeurs qui flottent dans les airs, des vendeuses pressées de vous asperger avec la nouveauté de l’heure, généralement assez moyen de gamme (pour rester poli) et lorsque l’on s’arrête à un comptoir, il faut “bien tomber”. Petite virée chez Ogilvy (grande surface, assez chic, style très anglais). Pour le comptoir de L’Artisan parfumeur, aucun problème, je m’y suis auparavant procuré Mandarine et les vendeuses sont gentilles, vous donnent les échantillons que vous demandez, ne vous pressent pas. J’ai senti et testé (sur mouillette et sur mon poignet) à cette occasion le petit dernier dont le lancement pour Montréal est prévu en août: Séville à l’aube. Beau parfum, très fleur d’oranger au départ avec cependant des notes sucrés qui ressortent plus tard (pas artificielles, plutôt comme du sucre légèrement grillé) qui m’ont un peu dérangées à la longue. Mais d’autres le trouveront équilibrés j’en suis certaine. Deuxième arrêt, les Serge Lutens, difficile à repérer d’ailleurs. La dame au comptoir semblait peu disposée à m’initier à l’univers Lutens. Elle m’a défilé plusieurs propositions trop rapidement, a statué que je n’aimerais pas les parfums mixtes (pouquoi pas?) et je suis restée un peu sur ma faim. Disons que ce n’est pas de cette manière que l’on va amener les Québécoises à quitter leur zone de confort pour explorer une univers olfactif plus exigeant. Je ne m’avoue pas vaincue et étant repartie avec Fleurs de Citronnier et Gris clair (peu d’échantillons étaient disponible ce jour là) pour mon conjoint (que je teste actuellement), l’initiation pourra tout de même débuter.
    Bonne journée parfumée!

    1. Hermeline !

      Ah ! vous touchez le point épineux des points de vente, des vendeuses et de la qualité de l’échange en boutique! Cette remarque et le type de problème qu’elle soulève me fait toujours réagir de 2 manières.
      Je me dit premièrement que la pression mercantile de nos sociétés modernes fait que nous ne sommes plus capables de nous rendre quelque part sans avoir peur que le personnel de vente ne nous saute à la gorge, et prenne un malin plaisir à nous sucer le sang jusqu’à ce que l’on achète quelque chose… Personnellement, c’est ce type de sensation qui m’empêche bien souvent de m’attarder sur un stand ou dans une boutique, de peur que l’on ne me laisse pas simplement tranquille. (Et il est d’ailleurs à noter que le personnel de vente est beaucoup, beaucoup moins agressif au Québec, qu’en France, ce qui est vraiment plus agréable).

      Ma deuxième pensée irait plutôt en sens inverse : nous ne savons plus non plus nous laisser conseiller, car la plupart du temps, c’est l’individualisme et l’orgueil qui sont les plus forts. On ne veut pas être conseillé, parce qu’on suppose que l’on est plus compétent que le personnel en face. Cela dit, j’apporte un gros bémol (et tant qu’il ne sera pas résolu, la vente du parfum restera une activité laborieuse), la plupart du temps, la vendeuse ou le vendeur dispose d’une formation en parfum absolument médiocre, et le peu d’éléments donnés finissent pas agacer au plus haut point le client/amateur qui préfère fuir la compagnie du personnel de vente.

      Je ne dis pas qu’il faudrait placer des parfumeurs dans toutes les boutiques, mais au risque de me répéter, on ne peut pas vendre du parfum comme on vend un yaourt.

  12. ps: C’est évidemment le parfum pris d’abord pour lui que je teste et non le conjoint (la tournure de ma phrase était ambiguë) même s’il sert parfois de cobaye pour mes découvertes en parfumerie. Voleur de roses lui va mieux qu’à moi mais je doute qu’il soit de cet avis cependant.

  13. Remarque d’un collègue de travail, dans le bus : ”Oui mais vous, les Francais, si vous vous parfumez c’est pasque vous vous lavez pas !” et hochement de tête de sa voisine.
    Les personnes que j’ai rencontré depuis un an que je suis ici appréhendent le parfum de manière paradoxale : avec méfiance (produit de luxe donc ostentatoire) et curiosité lorsque des effluves parviennent à les séduire. Mais cette curiosité ne va pas plus loin : elle ne sera pas suivie de recherche, pas même chez les vendeuses. Je ne suis pas toujours capable de décliner la pyramide d’un parfum qui m’intéresse, mais j’attends de la vendeuse qu’elle sache à peu près de quoi elle parle. Ce qui n’est pas le cas, 98 % du temps. Donc déception. Et mieux vaut ne pas se risquer à entrer dans les détails; l’interlocuteur (trice) a tôt fait d’identifier le passionné comme un érudit suffisant et donneur de lecons.

    Tout est dans la manière, me diras-tu, mais là je crois que nous sommes face à un écueil. En gros, dans la culture américaine (on na parle pas de NY) , un parfum est bon parce qu’il est cher. Point final.

    Mais je suis certaine que ce n’est pas définitif : à Montréal, noyau cosmopolite et cité d’échanges, il suffit de constater ce qui s’est passé en matière de gastronomie. Aller au restaurant, prendre plaisir à déguster un plat ou un vin n’allaient pas de soi il y a peu de temps – une petite dizaine d’années. Alors je suis certaine que la méfiance et, probablement la timidité des Québécois envers un domaine qui relève pour nous de l’art (et pas seulement de l’art de vivre) laisseront place à une culture au moins équivalente à la nôtre.
    Car honnêtement, si tu te promènes en France hors Paris, tu risques d’être plus décue qu’ici, n’est-ce pas ?

    1. Bonjour Isabelle,

      Je suis amusée d’apprendre que les Français ne se lavent pas… Mais là n’est pas la question.
      Je suis tout à fait d’accord pour dire que Montréal est une cité particulière, cosmopolite et dont la population est naturellement ouverte à des choses nouvelles, et je crois que tu as raison en disant qu’une culture du parfum pourrait y éclore (il s’agirait maintenant de la faire naître).

      Pour ce qui est de la France et de Paris, je ne rejoins pas tout à fait ton dernier commentaire non… Pour moi, et pour l’avoir constaté un bon nombre de fois, les Français sont résolument des gens parfumés. Même à la campagne ou dans une ville de moindre importance, on croise facilement des N°5, des Flower, des Angel… Ce qui est vrai en revanche, c’est que plus on approche des grandes villes, plus il arrive de croiser des parfums un peu plus exclusifs. Ce qui est encore loin d’être le cas au Québec (même si depuis 6 mois, j’ai réussi à croiser 2 ou 3 jolies surprises).

  14. Paris, Londres, Berlin, Milan, New York, Montréal… Et à mon avis le monde entier regorge de merveilles, seulement nous n’y avons pas toujours accès.
    En dehors de Paris ça je confirme on s’ennuie beaucoup côté parfums et même tout court, les spectacles par exemple. Disons qu’on tourne en rond alors qu’à Paris l’ennui est un mot qui n’existe pas ! J’ai peur qu’ici ça ne change que très lentement alors qu’à Montréal les choses doivent être bien différentes ( quand je vois Illamasqua en 1ère ligne, ça se passe de tout commentaire, cette marque est très spéciale, inspirée de multiples sources, créée depuis quelques années seulement ), dites ce mot là ici et vous aurez droit à un air interloqué et béat qui m’agacent de plus en plus !
    Les Français ne se lavent pas ? C’est une croyance tenace qui doit bien prendre racine quelque part… Louis XIV sans doute ?
    Un parfum est bon/beau parce qu’il est cher, mais oui ! Pas qu’Outre Atlantique, ici aussi plusieurs études ont démontré que la cliente lambda n’achetait pas un produit de luxe ( parfum entre autres ) si celui-ci était en dessous d’un certain prix.
    Le parfum sera bien reconnu un jour ou l’autre à Montréal, franchement s’il l’est ici alors à fortiori là bas, il percera également. Patience, une niche se découvre pas à pas et sans doute pas du jour au lendemain.

  15. Bonjour,

    J’ai repensé à cette question de la sensibilité olfactive, celle face aux parfums, mais de manière plus générale face aux odeurs qui nous entourent. Il y a un paradoxe flagrant face à l’omniprésence de mauvais parfums de synthèse dans une foule de produits (détergent, shampoing, crème, etc..la liste s’allonge à l’infini) que l’on utilise et sent au quotidien et ce peu d’intérêt face aux odeurs “réelles”, complexes. L’expérience dépasse largement les seuls parfums. Si l’odorat est un de nos sens aiguisé, on s’intéressera naturellement aux notes du vins (que l’on en consomme ou pas), à celles des thés (pas les horreurs aromatisés, je précise, les vrais thés du “terroir”), aux éléments végétaux et animaux. Mais cela demande du temps, une certaine attitude contemplative (j’aime le thé entre autre pour cette raison, le temps que l’on s’accorde), un souci de mémoriser (la mémoire olfactive se développe). Les grands cuisiniers comme les viticulteurs et les nez en parfumerie partagent presque tous le souvenir d’odeurs perçues dans l’enfance, puis complétées ensuite par les souvenirs de voyages. Hélas, trop souvent le Nord-Américain moyen est très pressé et si ce n’est pas évident tout de suite, il passe à autre chose.
    Je viens tout juste de détecter dans un wulong (un wulong jeune: Anni Tie Guan Yin 2011, Chine) que j’ai pourtant déjà bu une odeur de lilas, celle des lilas anciens qui forment une bordure sur le terrain de mes parents. Les cultivars récents sentent autre chose, tout comme le lilas d’En passant des Parfums Frédéric Malle (que j’apprécie mais il ne me renvoit pas à un souvenir). De la même manière, le verre presque vide d’une Grappa ambrée dégustée par mon conjoint au resto me faisait tellement penser au tabac à pipe de mon grand-père paternel décédé il y a presque trente ans (et je ne suis pas nostalgique de nature) que je ne pouvais décoler mon nez du verre. Tout ça pour dire qu’au niveau des sens, l’odorat comme les autres, les expériences se croisent et se complètent.

    1. Tout à fait, les expériences se croisent !
      L’odorat, et c’est d’ailleurs prouvé, est le sens qui est le plus associé à la mémorisation, à l’impression (du verbe imprimer) des situations, sensations, sentiments vécus dans la mémoire.
      Cette idée est présente chez beaucoup d’entre nous, mais peu de monde fait un lien plus fort et cherche à aller plus loin. C’est probablement une question d’éducation… Comme toujours d’ailleurs.

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