L’hiver, c’est vétiver : Episode 4 / Sycomore : Chanel

Sycomore de Chanel

Nous nous retrouvons enfin pour le dernier opus de cette série sur le vétiver. A l’origine, j’avais choisi d’écrire ce billet sur Sycomore en dernier, car il s’apparentait, au début de la série, au parfum que je préférais. Et puis c’était peut-être (probablement) une des critiques les plus attendues, comme souvent lorsque l’on parle des Exclusifs. Aujourd’hui, je mentirai si je disais que les choses n’ont pas changé, car mon cœur balance depuis que j’ai vraiment pris le temps d’approfondir les 4 parfums de cette série. Mais nous essaierons de résoudre le dilemme ensemble d’ici peu.

Sycomore est un vrai vétiver. Il trace un sillon net dans l’histoire des “travaux sur le vétiver” et s’impose de tout son caractère : celui d’un bois à la poigne ferme et vigoureuse. Pourtant, on nous dit qu’il aurait été créé pour les femmes. Hormis le splendide “Baiser du Dragon” dont nous avons parlé dans le billet d’introduction, il existe bien peu de parfums ayant ouvertement travaillé la note vétiver pour les femmes (s’il on excepte Habanita de Molinard dans lequel la note vétiver est évidente, mais sans être l’élément central ou la base du parfum).

Unanimement reconnu par de nombreux amateurs comme étant l’un des vétivers les plus fins et les plus raffinés, il est très apprécié des hommes, et à juste titre, car on y retrouve encore une fois presque tous les attributs d’un vétiver classique : dense, élégant, racé, avec l’aspect aiguisé et tranchant typique de la matière. Cependant, Sycomore se démarque et se distingue, dans l’équilibre qu’il a réussi a établir entre la forme géométrique et anguleuse du bois et une certaine sensation de volupté et de souplesse. Je ne sais pas si cette souplesse ne peut être remarquée que par les femmes, quoi qu’il en soit, ce parfum me pose régulièrement des problèmes existentiels. Là où les hommes ne se poseront certainement pas de questions, je reste pour ma part interloquée par ce parfum, ne sachant pas réellement par quel bout l’attaquer, par quel morceau me l’approprier. Car si son apparente épaisseur a tendance à me gêner, je suis inextricablement attirée par la rondeur qui se dégage de son sillage, par sa patte baumée ferme et douce et son caractère fumé.

On reste ainsi dans une sorte de tension permanente tout au long de son évolution, fixé dans une concentration intense qui se prête bien aux après-midi de lecture ou d’introspection. Des moments où l’on se questionne, où le temps passe plus doucement, au rythme de la mécanique lente et régulière de la pensée qui s’écoule, le tout sur un musique de Bach.

En effet, l’évolution de Sycomore, bien que réelle, est assez linéaire, et repose encore une fois sur cette sensation de dualité entre force et souplesse. Le départ est hespéridé-doux, et n’est pas sans rappeler l’ouverture de l’Eau de Cologne de la même collection. Il enchaîne immédiatement sur la note arachide, pleine et légèrement grasse d’un vétiver Haïti, relevée d’une petite pointe terreuse, fraîche et humide. Puis le vétiver dévoile alors les accents fumés qu’on lui connait bien, des accents délicieux et rendus presque savoureux par la présence des notes chaudes et rondes du labdanum. A partir de ce moment, les sensations oscilleront entre celles d’un bois sec et montant (accompagné par le cèdre), et celles fumées-baumées d’un labdanum à peine collant.

Étonnamment, et bien que Sycomore ait une sorte d’aspect irrésistible et attirant, je ne me sentirai pas capable de le porter tous les jours. Il fait partie, pour moi, de ces parfums qui requièrent une occasion bien particulière, un état d’esprit propice à l’introspection et à la détente. État d’esprit que l’on ne trouve que par les après-midi de temps libre, où l’humeur est calme et l’atmosphère un peu suspendue…

S’il en était besoin, on saluera tout de même une fois de plus, la sobriété et la classe immanquable de cet Exclusif, qui s’insère parfaitement dans la collection confidentielle de Chanel, sur le plan olfactif grâce à une signature évidente, et qui vient la compléter avec justesse.

Et puisque les dédicaces c’est tout de même sympathique, je dédicace ce billet à Maryline qui fut et qui le sera encore je l’espère, une merveilleuse partenaire dans nos divagations olfactives autour des parfums et des matières premières…

5 commentaires

  1. Excellent dossier Juliette.
    Jolie écriture, mots bien trouvés, sensations olfactives parfaitement évoquées…
    Sycomore de Chanel reste une énigme : un vétiver à la fois classique et mystérieux, doux et aiguisé, familier et étrange.
    Et c’est un fan de vétiver qui parle !
    On attend la prochaine série olfactive de Poivre Bleu avec impatience…
    Nicolas Olczyk

    1. Bonjour Nicolas et merci pour tes compliments !
      Je suis ravie que cette série t’ai plu, j’ai moi-même pris beaucoup de plaisir à la faire. C’est un exercice que je trouve formateur lorsque l’on souhaite approfondir une matière ou plus largement un terme.
      Et puisque tu es un fan, peux-tu nous dire quels sont ceux que tu portes toi-même?

      1. Vétiver de Guerlain, que j’aime pour toutes ses facettes différentes qui semblent fluctuer en fonction des jours (crissant, pamplemousse, épicé / girofle, effervescent, grillé, fumé, vert, aromatique, poudré…). Un peu comme si on redécouvrait son parfum à chaque fois.
        Et occasionnellement Vétiver Tonka d’Hermès. Avec son côté noisette, il se fait plus ludique, mais sans être véritablement gourmand.
        Nicolas

    1. Bonjour Jean-David,

      Vous avez raison, je n’ai pas cité le Vétiver pour Elle, mais celui-ci avait tout de même eu moins de résonance que celui de Cartier, cela dit je peux me tromper. Le vétiver au féminin reste quelque chose d’assez tabou il me semble ou alors, c’est l’ambiguïté qu’autorisent les travaux unisexe qui permet aux créateurs de sortir des sentiers battus !

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *