Le Nez Bavard

de Poivrebleu

L’hiver, c’est vétiver – Episode 3 / Vétiver Extraordinaire : Les Editions de Parfums Frédéric Malle

Vétiver Extraordinaire - Les Editions de Parfums

Le Vétiver Extraordinaire de Dominique Ropion pour les Editions de Parfums a été composé pour les hommes, nous dit-on. Et je dois reconnaître que ceux-ci le portent vraiment à merveille, comme pourra en attester POD qui se fait agresser chaque fois qu’il porte ce parfum en ma présence… C’est d’ailleurs normal, car ce vétiver est tellement une tuerie que la première fois que je l’ai essayé sur moi, j’ai vidé mon échantillon le lendemain. Je dois reconnaître que mon avis est totalement subjectif, mais que voulez-vous, je suis sensible depuis longtemps au style de Dominique Ropion, dont j’aime la patte élégante, sensible et imaginative. Je me suis trouvée tellement à ma place avec ce parfum, que je suis aujourd’hui certaine que les femmes ne devraient pas se priver de l’élégance d’une si belle odeur. De toute façon, nous savons bien vous et moi que le sexe en matière de parfum n’existe pas.

Vétiver Extraordinaire pourrait s’inscrire à première vue dans la lignée d’un Vétiver de Guerlain pour l’aspect lumineux et clair que les deux compositions ont en commun. Mais dans le cas qui nous occupe, cet effet est probablement du à l’utilisation d’une essence de vétiver Haïti extraite par distillation moléculaire, celle-ci permettant de ne garder que les effets olfactifs les plus purs et les plus limpides. Et sous ses faux airs de garçon sage, un peu inaccessible en apparence, Vétiver Extraordinaire est tout sauf une fragrance conventionnelle.

Il se dégage de ce parfum une allure certaine, une beauté habile et sensible qui sous certains aspects pourrait paraître froide, car légèrement intimidante. Pourtant, nous sommes bien sur le registre de l’extra-ordinaire, et j’aurais ainsi tendance à dire qu’il s’agit d’un vétiver pour les “originaux”. Si à son tour, ce parfum s’inscrit dans une certaine tradition, c’est pour mieux s’en échapper. Tout d’abord le traitement de la matière propose une sensation boisée assez nouvelle. On découvre ce bois sous un jour qu’on ne lui connait pas tout à fait : humide et frais, il a quelque peu délaissé son côté massif et fumé. Il se positionne désormais presque naturellement en tête, et comme par chance le vétiver garde ses propriétés de note de fond, on a le plaisir de suivre une matière claire et ravissante de pureté jusque sur les dernières heures de tenue. Un exploit je ne sais pas, un vrai bonheur, à n’en pas douter.

Le dosage de vétiver aurait atteint selon la marque les 25% dans la composition, ce qui est juste parfaitement énorme (à titre de comparaison, Germaine Cellier osa un dosage de 8% de galbanum dans Vent Vert de Balmain, ce qui avait déjà suscité l’admiration). Là encore, on sort des sentiers battus, mais sans presque s’en rendre compte, cette surdose passe comme une lettre à la poste. Car ce qui retient l’attention, c’est l’harmonie dans laquelle Dominique Ropion a inséré et positionné sa matière. Le départ très épicé-cardamome jette un peu de poudre aux yeux, et s’accompagne d’une belle bigarade verte et amère. Le coeur se poursuit sur un ping-pong permanent entre les notes épicées-chaudes du poivre, de la noix de muscade, ainsi que d’une pointe de cumin et la note humide et froide du vétiver. Le contraste est permanent, et

pourtant tout est calme. Une certaine sérénité se dégage de l’ensemble, n’oublions pas que ce bois (soutenu par son vieux copain de toujours le cèdre) renvoit à des notions de stabilité et de structure rassurantes. Enfin, la note s’égrène lentement vers une douceur touffue de mousse fraîche grâce à la mousse de chêne qui rend l’image plus vraie que nature mais aussi grâce à la rondeur des muscs aux nuances végétales (comme la globalide).

De ce parfum vous retiendrez une classe imposante mais aussi une envie d’anticonformisme certain, qui vous poussera, si vous l’aimez, à vous poser quelques questions sur vous. C’est probablement à partir de cette sensation (bien que ne l’ayant formulée qu’aujourd’hui) que je me suis naturellement dirigée vers ce parfum pour dire mon amitié à l’un de mes amis les plus chers qui m’aura toujours poussée, depuis que je le connais, à ne pas me laisser aller à la facilité et à ne pas me contenter des choses établies.

Pour Pierre-Olivier, avec toute mon affection.

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8 commentaires

  1. D’abord, merci pour vos billets sur le vétiver ! Je porte Encre noire, celui de Guerlain et celui de Lorenzo Villoresi (le plus bizarre car fumé-chocolaté), je compte me racheter celui de Lutens mais celui que je préfère avec le Guerlain, c’est Vétiver extraordinaire effectivement.
    Il est géométrique pour moi, parfaitement contemporain au sens chic d’environnement contemporain, design, élégant bien qu’il soit très terreux, très “nature” et j’y détecte un note champignon assez curieuse dont vous ne parlez pas.
    C’est celui qui est finalement le plus sous-bois, odeurs végétales un peu en décomposition. Il existe en gel douche que je n’ai jamais testé mais il était aux dernières nouvelles, en rupture chez Malle (peut-être en savez-vous plus là-dessus).

    1. Bonjour Laurent,
      Le Vétiver Extraordinaire semble faire l’unanimité chez les grands amateurs de vétiver, et c’est mon cas aussi.
      Je n’ai effectivement pas retrouvé la note champignon dont vous parlez, en revanche, je suis totalement d’accord avec vous pour dire que cet opus est parmi ceux qui font le plus “sous-bois”, mousse, humus et nature finalement. C’est d’ailleurs systématiquement l’image qui me vient à l’esprit lorsque je le sens.
      Mais il y a tout de même constamment le contraste entre cette humidité omniprésente (humidité froide) et la chaleur des épices… A mon nez en tout cas.
      Je n’ai jamais testé le gel douche, mais j’aimerais beaucoup! Et pas de renseignements particuliers à vous fournir sur l’éventuelle rupture malheureusement…

  2. C’est également celui que je préfère, avec le Villoresi et le Guerlain (et oui encore malgré tout). Et je suis bien d’accord avec vous, Vetiver Extraordinaire possède bien une petite note de champignon de paris frais, qui est un musc très “velouté”. Même si je le porte assez rarement en définitive, comme pour POD, quand je le porte, on me demande quasiment à chaque fois, et c’est bien un des seuls, ce que je porte. C’est peut être là qu’il a un effet extraordinaire ?

    1. Ah ah, c’est donc de la veloutonne que viendrait cette fraîcheur continuelle qui n’en finit pas de durer? Personnellement je n’ai pas la note champignon en effet, mais je te crois lorsque tu la sens !

  3. Je crois avoir senti presque tous les vétivers sur la place de Paris : Lutens, Guerlain, Creed, Diptyque et j’en passe, lorsque je me suis mise en quête DU vétiver.
    Et je suis revenue au premier senti, Vétiver extraordinaire. Le seul, à mon nez, qui ne soit pas écœurant et qui ait un côté masculin, sec et tranchant, mais très racé.

    1. Bonjour Hélène,
      Je vous comprends. Le Vétiver Extraordinaire est vraiment une pièce de maître (si vous m’autorisez la traduction hasardeuse de masterpiece), et un véritable délice à porter. Mais avez-vous essayé Sycomore de Chanel?

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