L’hiver, c’est vétiver / Série Matières Premières

Bon, ça faisait longtemps hein ? Oui, trop, je sais, comme à peu près chaque fois. Mais Thierry est d’accord avec moi, en ce moment ce n’est pas facile. Cela dit, j’ai décidé pour les prochains billets à venir d’écrire ceux qui attendent leur tour depuis plusieurs mois voire plusieurs années…

Et nous allons commencer avec cette série de billets sur le vétiver, parce que ça fait tout de même 10 000 ans qu’elle attend, en plus, Les Fans l’ont réclamée, et pour finir, c’est l’hiver, on a besoin de se sentir en sécurité avec des parfums qui tiennent la route. Et pour cela, rien de mieux que les boisés ! Le vétiver, ça vous parle non ? Il s’agit à n’en pas douter de l’une des matières les plus célèbres de la palette du parfumeur, et de l’un des bois les plus utilisés, avec le cèdre notamment. Comme beaucoup de bois, il s’est plus largement illustré dans la parfumerie masculine, car ses notes olfactives ont toujours été considérées comme plus viriles. On pourrait le décrire de manière générale comme une note plutôt rude où se mêlent des sensations de terre mouillée, sablonneuse, de mousse, de fumée, de beurre d’arachide, de fraîcheur verte et humide, mais aussi de pamplemousse. Le lien existant entre le vétiver et le pamplemousse a d’ailleurs largement été illustré ces dernières années avec bien sûr le Terre d’Hermès qui a probablement lancé la tendance, Infusion de Vétiver de Prada ou plus récemment le Mâle Terrible de Jean-Paul Gaultier.

Cependant les propriétés structurantes du vétiver sont connues depuis bien longtemps des parfumeurs, et il est présent dans beaucoup de féminins comme le N°5 de Chanel ou encore Calèche d’Hermès. L’arrivée de cette matière en dose “importante” dans un féminin a été instaurée par feu Le Baiser du Dragon de Cartier, un magnifique féminin boisé, fleuri, à la texture riche et mystérieuse. Mais malheureusement, ce petit bijou composé par Alberto Morillas n’a visiblement pas rencontré son public et est discontinué depuis l’année dernière.

Le vétiver

J’ai souhaité lancer cette série parce que pour commencer j’adore les séries. En plus Megaupload vient de fermer, on est tous en manque, il faut bien trouver des moyens alternatifs de trouver du contenu gratuit, sympa et stimulant pour les neurones, parce que personnellement, je n’ai pas vraiment envie de me rabattre sur la télé.

Et en vrai, il faut dire que depuis que je m’intéresse au parfum, le vétiver a exercé sur moi une lente mais impérieuse attraction, à laquelle j’ai succombé par 2 fois (complètement ou en partie, les intéressés se reconnaîtront), en conseillant et offrant à 2 de mes amis les plus proches des parfums construits autour du vétiver (Nous aurons donc l’occasion d’en reparler). J’ai d’abord considéré, jeune padawan que j’étais, que cette matière était bien trop rustre pour que j’arrive un jour à la porter, mais sa richesse olfactive a eu raison de moi, et je me suis retrouvée à porter de l’essence seule, à même la peau, pour en observer l’évolution (l’examen est d’ailleurs bien plus intéressant sur peau pour cette matière), jusqu’à ce que j’essaye des parfums associés, une fois, deux fois, trois fois… Et je suis aujourd’hui sans nul doute à l’aube d’un achat, mais je doute encore de la référence qui me conviendra le mieux. Verdict à la fin de la saison !

Pour la préparation de ces billets, j’ai fouillé dans mes tiroirs et j’ai ressorti les 4 principales essences de vétiver utilisées en parfumerie, afin d’observer les nuances de qualités et les différences olfactives. Je me suis basée sur 4 essences des Laboratoires Monique Rémy (détenus par IFF) dont la réputation en terme de matières premières naturelles n’est plus à faire. 4 essences pour 4 origines différentes : Bourbon (Ile de la Réunion), Madagascar, Haïti et Java. Pour information, la production de l’Ile de la Réunion est aujourd’hui de plus en plus rare, et il semblerait que l’origine Madagascar tende à la supplanter.

En terme de richesse, et de”lourdeur” olfactive, ce sont bien les essences Bourbon et Madagascar qui se démarquent le mieux : les odeurs de terre sont très présentes, un aspect légèrement gras et arachide se développe en tête, avant de laisser place à des sensations moussues puis fumées. Le vétiver Haïti est mon préféré : il offre un très bel équilibre entre les notes de fumée, de terre, mais aussi d’agrumes. Il est ainsi plus frais, et légèrement plus vert que les autres. Enfin, le vétiver Java est celui dont la note est la plus légère (disons qu’il parle moins fort que les autres), mais aussi la plus fumée : il donne ainsi une sensation un peu noire de charbon de bois, bien qu’on lui retrouve une caractéristique terreuse. En conclusion, les 4 essences renvoient nettement une forte sensation de structure, presque de rigidité qui donnent à cette matière une image de solidité et tenacité.

Malgré tous ces qualificatifs bien masculins, le vétiver est clairement l’une des matières les plus riches en terme de sensations, l’une des plus facettées et l’une des plus émouvantes de la palette du parfumeur. J’espère qu’au fil des billets, nous aurons l’occasion de discuter de vos impressions et de vos ressentis, et qu’à la fin, je vous aurais convaincus de la nécessité pour tout bon perfumista de disposer d’un vétiver qui lui convient chez soi.

5 commentaires

  1. Je ne suis pas quelqu’un qui aime spontanément le vetiver.

    C’est dur de parler du vetiver, on le retrouve dans beaucoup beaucoup de parfums classiques, comme note de support.

    Comme bon soliradix, je citerai :
    – “encre noir” (lalique), dans tous les bon Sephora. Dans son accord, une douceur de sucre de canne, puis un vetiver éthéré.
    /Je ne sais pas pourquoi, mais quand on me parle de vetiver Haïtien, je pense à des accents de vanille baumé, ce que le vetiver n’a peut-être jamais en vrai de lui-même
    – “sycomore” (chanel). Mais, à la façon dont Coromandel séduit ceux qui croyait ne pas aimer le patchouli, Sycomore plaît à des types comme moi, que le vetiver ne faisait pas vibrer. Son paradoxe est d’être riche et différent à chaque fois qu’on le porte, tout en rappelant une même image de fraîcheur de cascade au milieu de la jungle.

    – Turtle vetiver (lesnez). Dans la catégorie vetiver minéral, il y a “vetiver extraordinaire” chez malle, 2 3 autres, mais c’est ce turtle vetiver qui m’a le plus spontanément séduit et touché.

    – J’ai un vieux vieux flacon du Vetiver de Guerlain, presque avec du moisi dedans, à l’époque le vetiver avait une qualité huileuse très agréable, et une note d’encens plus distincte. L’actuel est définitivement plus synthétique, au sens où la note vetiver y est plus monocorde. (ça rappelle “Geofrey Beene”, galbanum feuille de violette vetiver, qui me paraît une touche un peu trop figé, normalement le galbanum c’est un winner à chaque fois quand c’est du naturel) L’actuel est très très bien, mais on ne vibre pas tant pour la qualité du vetiver.
    (On trouve cette nuance de qualité quand on trouve des flacons un peu daté du no19 de Chanel, un parfum que j’aime pas, mais très intéressant)

    Dans les vetivers, en second rôle, je citerais :
    – Habanita (molinard), parce qu’il est encore super, et facile à trouver, et à utiliser à petite dose
    – Bal à versailles (jean desprez), mais plutôt dans sa version ancienne

    Dans les essences naturelles, Poivre Bleu, y en a-t-il une qu’on puisse apparenté à de l’encens : riche et à la fois légère, éthérée, élancée comme du galbanum?

    Pour moi l’odeur type du vetiver, c’est un homme propre, rasé des aisselles, qui a suer. C’est une odeur de sueur propre, un peu sourde.
    Plus j’ai découvert la parfumerie confidentielle, plus j’ai découvert des odeurs riches dans le vetiver, qui le rapproche de composant comme le galbanum, l’encens, huilleux gras, “essentiel”, minéral.

    Ce qui est drôle dans le vetiver, c’est qu’il a des usages dans l’agronomie : peu gourmand en eaux, et avec de profondes racines, on peut s’en servir pour arrimer le sol des potages, traditionnellement je crois qu’il délimitait les parcelles de riz.
    Il est utiliser en inde pour se frictionner et laver les cheveux, c’est un rituel de beauté chez les femmes. Des cheveux longs, noir, intense, qui sente le vetiver tandis qu’on se rend à un temple.

    – Manoumalia, la note sourde et terreuse, c’est du vetiver, au fond de la composition (apres le colossal Ylang, Tubéreuse, Santal, etc.)
    Et là encore ça me rappelle une odeur de cheveux de femme des îles. C’est étrange, chez nous les cheveux sentiront “j’adore” de Dior, et là bas cet ingrédient terreux, qu’on verrait plutôt utiliser symboliser le bas du corps la terre, a cet effet de mirage d’encens dans les cheveux.

    Dans la classification des notes boisées, et les parfums solinotes, c’est qu’on oppose toujours le vetiver au santal, et inversement, alors que très très souvent les deux seront présent dans la composition. ex : Bois des iles.

    1. Bonjour Julien,

      En effet, le vétiver est une note de fond qui est souvent employée dans les parfums pour la structure qu’elle leur apporte. Et d’ailleurs je pense que dans plusieurs cas, elle n’est pas tant utilisé pour son odeur que pour ses effets olfactifs.
      Pour répondre à ta question sur les essences, tout d’abord je dirais que le vétiver d’Haïti n’a malheureusement pas des accents vanillés et baumés. Avec le vétiver, et d’autant plus le vétiver d’Haïti, on est sur des notes froides, avec une sensation d’immédiateté très marquée. Les différentes essences (avec un petit bémol pour celle de Java), me laissent toujours l’image d’un énorme bloc de bois carré aux angles affûtés… La description que tu fais du galbanum est intéressante, même si je ne le décrirais pas vraiment comme éthéré. L’odeur du vétiver est montante oui, à la fois sèche et humide, parfois grasse et un peu résineuse. Plus qu’humide, je serais tentée de dire que l’odeur est froide, mais elle évoque pourtant très bien l’odeur de la terre mouillée et sablonneuse dans laquelle le vétiver pousse.

      Quoi qu’il en soit, c’est une matière d’une richesse incroyable et qui déploie une note dont la classe naturelle ne peut laisser personne indifférent.

  2. Super, une série sur le vétiver, j’aime énormément cette odeur, bien qu’ayant dans la catégorie des soliflores Vétiver de nettes préférences.. Mais j’attends la fin de la série pour voir ceux que vous aurez sélectionnés, avant de m’exprimer sur mes préférés !!! Une question, peut-être pas évident de trouver des synonymes pour m’expliquer, mais qu’entendez-vous au juste par une odeur “montante” ? A bientôt !

    1. Lucas, j’attends vos préférés à la fin de la série alors !
      Pour répondre à votre question, j’utilise l’adjectif “montant” pour décrire une odeur lorsque celle-ci me donne une forte sensation d’invasion dans le nez, quand j’ai l’impression d’être piquée par des milliers d’aiguilles très fines en même temps (mais sans que cela fasse mal…). Une de mes collègues, un jour, a utilisé le terme de “verticalité”, et je me retrouve bien dans cette description : c’est une odeur droite, rigide, avec quelque chose d’un peu brutal. A titre de comparaison, si je vous parle d’une odeur enveloppante, je serais forcément dans un registre plus rond, plus souple, plus ondulant…

      1. Tu as bien fait de préciser ce que tu entends par “montant”.
        Je pensais à tout autre chose.
        Je pensais à l’anglais “uplifting”, ces matières qui vous donne l’impression de vous tirer du sol, de vous faire décoller lentement.
        Ou, de façon technique, ces matières qui ont pour particularité d’alléger une composition lourde. Comme s’ils tiraient le reste de la composition vers le haut, rendant l’ensemble moins lourd sur la balance.
        (comme l’encens blanc, qui a une note de tête écorce de citron, et une note de fond très durable, et qui est utilisé dans les parfums ambré comme Shalimar)

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