Le Nez Bavard

de Poivrebleu

Le mercredi musqué – Kiehl’s : Original Musk

Original Musk - Kiehl's

Il s’agit aujourd’hui de parler de MON musc. Celui que j’ai adopté, celui qui m’a adoptée. J’ai jadis tenté de m’approprier le White Musk de The Body Shop, dont j’ai tout de même réussi à porter quasiment une bouteille entière, mais que j’ai littéralement abandonné le jour où Original Musk s’est présenté sur mon chemin. Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai tout d’abord fait la découverte de ce parfum à travers son lait pour le corps, dont je vous recommande chaudement l’utilisation, tant vous aurez l’impression d’être une sorte de divinité suprême de la sensualité. Et puis je me suis décidée pour l’Eau de toilette il y a un peu plus d’un an, vraisemblablement créée en 2004 à partir de l’huile de musc qui était en vente dans l’officine new-yorkaise dans les années 50. Ce n’est enfin qu’en décembre dernier que j’ai fait connaissance avec la fameuse Essence Oil : Musk 1921 de Kiehl’s, réputée pour être tirée de la formule originale créée en 1921.

Une certaine imprécision entoure la naissance de cette fragrance puisque la marque elle-même ne semble pas avoir d’informations très précises sur sa provenance. La légende raconte que l’huile de musc présentée à la clientèle de l’apothicaire new-yorkais fut créée par un ami de la famille du gérant. Lancée en 1921, elle n’aurait pas eu le succès escompté, ayant été jugée “trop sensuelle”. La préparation aurait alors été conservée dans une cuve dans les sous-sols de la maison, étiquetée Love Oil (Philtre d’Amour), et oubliée jusqu’à sa réapparition en 1958, puis sa réintroduction sur les présentoirs de la boutique en 1963 (date officielle de la formule actuelle de l’huile). L’Eau de Toilette : Original Musk et la ligne pour le corps n’auraient à leur tour été créées qu’en 2004, à partir de cette fameuse huile.

En procédant à l’envers pour découvrir cette fragrance, j’ai eu la sensation de vivre une montée en puissance du parfum en grandeur nature. Et cela n’a pas été pour me déplaire. Je ne sais pas exactement ce qui reste de l’idée de départ de la fragrance, mais j’ai découvert une fragrance juste équilibrée entre l’aspect “parfum T-Shirt – Jean’s” ultra-confortable et la pointe d’animalité lascive qui fait dire “Miaaaaaou”… Je ne pense pas que ce parfum soit particulièrement chargé en produits naturels, ce qui est d’ailleurs souvent le cas dans la plupart de ces parfums. Mais ce n’est pas en réalité ce qu’on leur demande : dans l’univers des parfums de luxe, très peu de marques se sont risquées à appeler un de leurs parfums “Musc quelque chose”, tant la connotation sensuelle de cette matière voire son aspect animal un peu brutal risquaient de heurter la douce sensibilité de la clientèle des maisons de luxe. Ce sont donc des marques à la cible beaucoup plus large (si je ne prends pas en compte les marques de niche) qui ont travaillé le filon, quitte à jouer sur le caractère “aphrodisiaque” de la substance, et à des prix bien moins élevés. L’aspect “white” est quelque peu venu laver le tout par la suite, mais ces fragrances ont toujours eu la réputation d’être des parfums envoûtants, décuplant votre pouvoir de séduction et votre sex-appeal, comme nous le verrons dans le prochain billet.

Ainsi, Original Musk, comme plusieurs de ses confrères, ne se distingue pas par la profondeur et la richesse de ses matières, mais bien par l’originalité de l’accord et la puissance addictive de ses notes. Le départ aldéhydé pousse fort la sensation savonneuse et métallique, et qui est un excellent témoignage de l’époque de sa composition. Bien qu’il rappelle effectivement le N°5, ce parfum déploie une coeur floral relativement simple quoique assez puissant. Ce sont principalement des notes jasminées qui sont mises en avant avec un aspect indolé marqué. Les muscs, bien que présents depuis le début de la composition apparaissent plus clairement en coeur : dans une grosse bulle de musc propre (galaxolide) se trouve une boule de muscs sales (muscénone ou muscarome ? ) qui apportent indéniablement un aspect très peau, très sensuel et très chaud à la composition. C’est à partir de ce moment-là que j’aime sentir son odeur se polir sur ma peau et diffuser autour de moi une chaleur enveloppante et réconfortante. La version EDT est certainement un peu plus fleurie que l’huile, dont le fond est légèrement plus coumariné. Je les utilise aujourd’hui de façon totalement complémentaire en plus de la crème, et du gel douche pour lequel j’ai fini par craquer.

Devenu un incontournable, Original Musk est un parfum de tous les jours, certes, dont la note n’a pas révolutionné la parfumerie, je vous l’accorde, mais qui a le mérite d’être à la fois discret et d’avoir du sillage, tout en évoquant juste ce qu’il faut de peau et de sensualité pour ne pas laisser indifférent ceux qui vous croisent. A tenter au moins une fois !

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10 commentaires

  1. Pour avoir testé, non pas sur moi, mais ce n’est parfois pas plus mal pour juger, je ne peux qu’applaudir à ce qui est dit. Quant au lait, je trouve qu’il est une base tout à fait enchanteresse pour d’autres parfums également. En plus, cet Original-là n’est pas à un prix exorbitant tout en étant une vraie signature qu’on ne sent pas sur tout le monde ! Que demander de plus?

    1. Dominique, vous avez raison, les produits pour le corps se marient bien avec d’autres parfums, mais c’est le cas de beaucoup de parfums musqués, dont les lignes pour le corps ont une empreinte olfactive douce (sauf pour celui de The Body Shop, dont la signature lourde est trop présente). Et il est vrai que son petit prix n’est pas pour nous déplaire !

  2. Les muscs ont une étrange odyssée dans l’histoire de la parfumerie.
    Hier il sortait de l’arrière d’un animal, maintenant ils sentent le propre, mais garde un attrait aphrodisiaque.

    Je trouve intéressant de développer la réflexion sur les rites de “proprété” que nous vivons à notre époque.
    Par exemple, dans l’Himalaya, les gens gardent leur couche de graisse, et ne se lavent, comme une barrière aux maladies.
    Quand nous utilisons du savon, nous enlevons une couche de graisse et de sueur de la peau, et après nous remettons une couche de matière grasse par une crème de jour. On enlève du gras “sale” pour remettre du gras “propre”.
    Les musc blancs me rappellent cela, on prend une douche, on se lave, on enlève de l’odeur animal sale, et on s’applique après de l’animal propre (l’odeur de l’eau de toilette musquée, du déo, du savon, et de la lessive).
    Drôle non?

    1. Je suis parfaitement d’accord avec ton analyse des rites de toilette, et de cette notion de couche propre et de couche sale, bien que cela soit à mon avis très culturel. De plus le fait que les muscs sentent “le propre” n’est à mon avis que le résultat de l’utilisation que nous en avons faite : l’utilisation massive dans les produits du quotidien, plus l’appellation “white” ou “blanc” qui a servi à laver les impressions d’animalité et de sensualité qu’évoquaient les muscs il y a un moment.

  3. Ton article m’a donné envie de ressortir mon échantillon et je m’en suis vaporisée ce matin. Ses notes animales m’avaient un peu fait peur quand je l’avais testé (il y a longtemps) mais depuis, j’ai adopté Musc Ravageur que je porte de temps en temps avec une quasi dévotion, j’ai découvert Muscc Koublaï Kahn, du coup celui de Kiehl’s me semble nettement plus abordable. Il reste cependant à mon nez très sexy, mais tout en simplicité. J’y retrouve très nettement cette dualité que tu décris : le propre et le sale d’enlacent avec une harmonie troublante. J’avais surtout été sensible aux notes animales, jasminées, presque fruitées / fruit trop mur, en revanche tout l’aspect savonneux m’avait totalement échappé et je ne le perçois bien maintenant.
    Je l’aime bien en tout cas, et il ne serait pas impossible que je l’adopte !

    1. Bonjour Géraldine,
      Je me demande si tu n’avais pas découvert le Kiehl’s à la première Soirée des Lecteurs ? Je me trompe ? Je me souviens de la tête de l’assistance lorsqu’on a fait passer la mouillette… C’était assez rigolo… Mais comparé à d’autres (notamment MKK), c’est vrai qu’il paraît plus sage. Je l’aime parce qu’il est tranchant. Un de mes amis me décrit souvent comme une personne “brut de décoffrage”, Original Musk, c’est un peu ça pour moi, il nous dit : “Aimez-moi tel que je suis ou ne m’aimez pas”. Cette animalité franche (sans être insoutenable ou excessive) me donne une certaine confiance et une certaine assurance. C’est ce que tu décris dans ton commentaire, il a une certaine simplicité (un peu comme le Jovan), ce que j’apprécie dans ce parfum, je l’apprécie chez les gens aussi.
      Il est bien moins baumé, chaud et crémeux que d’autres, mais je crois que c’est une de ses forces. Je suis en tout cas ravie de t’avoir encouragée à le réessayer, et serai encore plus flattée que tu l’adoptes !

  4. Bonjour,
    Je suis passé devant une des enseignes qui avait certainement vaporisé ce parfum particulièrement attirant. Je suis particulièrement attiré par le musc notamment au sortir d’un hammam ou d’un sauna avec effectivement cette idée de propre si particulière.
    Pour vous cette version est plutôt un parfum d’homme ou de femme ?

  5. Bel article!
    J’ai aimé ce parfum au début, mais je dois avouer que j’ai de plus en plus de mal avec ce coté savonneux et ce coté fleuri à la rose, ça me rebute. Dommage!
    Je vais devoir me diriger vers d’autres muscs je crois

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