Le Nez Bavard

de Poivrebleu

Partie 1 : Azzaro, Le Parfum Couture / 1975

Azzaro : Le Parfum Couture - Publicités 1987 / 1988 (Sources : imagesdeparfums.fr)

Le problème lorsque l’on écrit pas assez régulièrement sur son blog (C’est mal. Je serai fouettée.), c’est que les idées d’articles se superposent, que tout se mélange et qu’après, il faut faire des choix. Le brouillon de cet article doit être en jachère depuis environ 7 mois, puisque c’est à cette période que j’ai eu l’opportunité de connaître Azzaro le premier parfum de Loris Azzaro, sorti en 1975. Vu le grand âge de ce brouillon, j’ai décidé de m’attaquer à ce gros morceau qu’est la comparaison entre la version originale d’un parfum et sa réédition. Cela me permettra, en plus, de développer mes pensées sur le genre chypré. Je vous propose donc, dans cette première partie, la revue d’Azzaro 1975 et mercredi en deuxième partie, la comparaison avec Azzaro 2008.

Ce parfum s’appelait visiblement Azzaro tout court à l’origine, mais avait pour slogan : Le Parfum Couture. Je suppose que c’est de cette expression que lui est venu le nom qu’on lui attribua par la suite : Azzaro Couture, le même qui fut repris en 2008 pour sa réédition.

Premier parfum du couturier Loris Azzaro, il se serait inspiré de Mitsouko de Guerlain, auquel il aura emprunté la base chyprée – fruitée. Lorsque j’ai senti Mitsouko les premières fois, un seul mot, une seule impression me venait à l’esprit : Pruneau. Je ne comprenais pas comment un parfum qui évoquait le pruneau pouvait être un chef-d’œuvre. Bien sûr, comme prévu, je ne compris que bien plus tard la beauté de ce parfum, dont je finis par aimer intensément cet effet, donc. Azzaro 1975 partage avec Mitsouko cette particularité, une sensation qui vient pour moi de l’alliance entre la mousse de chêne et la lactone C14, couramment utilisée pour son odeur de pêche – abricot. Bien sûr, la trame de l’un et de l’autre ne se résume pas à l’accord de ces deux matières, d’autant plus qu’ils partagent aussi un fond boisé vétiver (beaucoup plus présent dans les versions plus anciennes de Mitsouko). Mais Azzaro 1975 s’affranchit de son aîné à différents niveaux.

S’il est vrai qu’il reprend la trame de fond du chypre – fruité de Guerlain, il emprunte aussi au velouté épicé de Femme de Rochas et à la verdeur galbanum de Miss Dior. La pyramide annonce des aldéhydes et du gardénia en tête, j’avoue que pour ma part, j’ai eu du mal à y déceler autre chose qu’une ouverture galbanum – bergamote, accompagnée déjà d’une corbeille de fruits secs. Comme dans tous les vieux chypres, une sensation d’enveloppement, de fourrure se déploie rapidement et donne au parfum son effet vêtement, si précieux et si élégant. La fraîcheur de la rose est présente relativement longtemps sur la touche, mais elle s’éteint assez vite sur ma peau, pour laisser place sans plus tarder à son aspect plus capiteux, relevé par le jasmin, une touche de girofle (eugénol) et peut-être un peu de cumin… L’aspect délicieux et velouté d’Azzaro 1975 se révèle après environ une heure d’évolution : une impression de pain frais, moelleux, qui rappelle la peau, apparaît. Elle devient alors excessivement attirante, on aimerait la manger, littéralement.

C’est la particularité de ces vieux chypres : ils transportent avec eux une dimension hautement sensuelle, mais qui s’exprime très différemment d’un oriental, à la volupté peut-être plus évidente, ou en tout cas plus voyante. Un chypre est un mystère, une forêt noire, dense et touffue dans laquelle on aime se perdre. Poussant les épines, trébuchant sur les grosses racines, recherchant la lumière à travers les feuilles, on se demande : L’orée est-elle encore loin ? Dois-je revenir sur mes pas ? Je m’y perds… Et puis, un peu plus loin, on trouve de la lumière, de la chaleur, un élément familier. Le parfum exprime à cet endroit plus clairement ce qu’il attend : vous attirer et vous pousser à déguster cette peau de pêche, souple et chaude. Azzaro 1975 pour moi c’est ça. Mais comme ses confrères, il dégage une classe tellement imposante que l’on n’ose pas imaginer à quel point il peut être profond et sensuel. Il produit cet effet d’attraction irrésistible, incontrôlable que l’on a du mal à expliquer, mais qui est là et qui fait que l’on y revient.

Pour moi, un chypre, c’est ça : une tension, une addiction qui vous empêche, pour une raison obscure, de vous en séparer. Je ne vous surprendrai pas en disant que pour moi, la mousse de chêne a de grandes chances d’y être pour quelque chose, et que sa raréfaction dans les chypres d’aujourd’hui est à l’origine de la tristesse de ceux qui les ont aimés à leur âge d’or.

La suite mercredi pour la version 2008 !

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4 commentaires

  1. Bonjour,
    Je suis moi-même un amoureux des anciens chypres très déçu par les nouveautés.
    Je n’ai d’Azzaro que de lointain souvenir mais évidemment, je ne pouvais pas non plus ignorer Femme et surtout Mitsouko quand je l’ai découvert… (Les versions de l’époque également) Je trouvais qu’il prenait vraiment une place intéressante entre ces deux géant: moins orné que Mitsouko, je le trouvais très élégant mais beaucoup plus confortable. Il m’a toujours évoquer un manteau ou une robe de chambre, abondamment rebrodée mais souple, douce et chaude… Pour ces trois parfums, j’ai un ressenti “peau nue” face à leur sensualité. Mitsouko garde ses bijoux, Femme sa fourrure et Azzaro sa robe qui “coule” sur le corps…
    J’ai toujours été surpris qu’on ne voit pas l’aspect sensuel de ces parfums qui me semble beaucoup plus prononcé que dans les orientaux.. Je crois que c’est du à une espèce de complexité (plus intellectuelle?) du message.

    Quant aux nouveaux chypres: j’avoue, je ne parviens même pas à les appeler chypres. Je les trouve tellement plus pauvres, simplifiés. Et terriblement moins indécents parce que je n’y retrouve pas cette chair qui s’offre impudiquement.

    1. Bonjour Dominique,
      J’aime beaucoup votre analyse d’Azzaro 1975 qui est en effet pour moi un bon compromis entre plusieurs grands chypres. Comme vous, je trouve que les chypres sont des bombes sensuelles dont on sous-estime souvent le pouvoir d’attraction. A l’image des grands orientaux, ils marquent les personnes qui les portent et leur entourage. Leur aspect mystérieux a presque quelque chose d’inquiétant, tant on ne parvient pas à l’expliquer. Mais c’est probablement cela aussi la magie des parfums, le fait que toute la technique du monde ne viendra jamais à bout des émotions qu’ils procurent. Il restera toujours ce petit quelque chose en plus, ce petit côté imparfait qui crée l’émotion et le sentiment.

  2. Bonjour Poivre Bleu,

    Je suis surprise de lire ton article car il y a quelques semaines, j’ai évoqué également Couture version 1975 et 2008.
    http://papillondessenteurs.over-blog.com/article-azzaro-couture-la-difficulte-de-revisiter-un-ancien-classique-69756792.html

    Comme quoi, les grands esprits se rencontrent !
    J’ai hâte d’en lire la suite du tien en tout cas, et d’avoir ainsi ton avis sur la question.

    A très bientôt,

    1. Bonsoir Papillons de Senteurs,
      En effet, je n’avais pas vu ton article qui est intéressant, mais ravie d’apprendre que tu aimes Azzaro Couture et les vieux chypres!
      J’espère que la suite te plaira!

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