Brève de flacon : Ca sent l’esprit d’un livre…

Henri Labrouste - Bibliothèque Sainte-Geneviève

Les artistes sont connus pour être parfois un peu allumés. Rachel Morrison semble faire partie de cette catégorie, bien que j’ai tendance à l’excuser pour son idée frapadingue puisqu’il s’agit d’olfaction. Figurez-vous que cette charmante personne a décidé d’aller sentir tous les livres de la Bibliothèque du Musée d’Art Moderne (The MoMA) à New York. 300 000 titres n’est-ce pas ? Chaque livre sera ouvert, sniffé, et verra son odeur consignée en quelques mots dans un petit cahier dont vous pouvez consulter les premières pages sur son site. Certains mots reviennent souvent, tel que “smoke” (fumée) et “sweet” (que j’aurais envie de traduire ici par sucré). On trouve de temps en temps des évocations assez rigolotes comme “chien mouillé” ou “aisselles” ou encore “chaussettes sales”. En réalité, les papiers dont sont faits les livres ont connu des époques marquées, comme ces papiers très acides du XIXe siècle qui se conservaient mal, car faits à partir de pâte à bois. Mais selon les conditions de conservation, les odeurs peuvent fluctuer fortement. On notera toutefois que si les pages d’un livre peuvent avoir des odeurs hétéroclites, on peut facilement y retrouver une petite pointe de vanille, ce qui n’a rien de surprenant puisque la vanilline (constituant de la vanille) est (parmi d’autres procédés) synthétisée à partir de la lignine qui est l’un des principaux constituants du bois.

L’idée de vouloir consigner toutes les odeurs de tous les livres d’une bibliothèque semble saugrenue, mais Rachel Morrison décrit un état intéressant que nous avons tous ressenti lorsque nous lisons un livre ou un roman : l’odeur que dégagent ses pages vous immerge dans une atmosphère particulière, qui semble très intime, comme si l’ouvrage ne parlait qu’à vous. Selon ses propres dires, le but de cette jeune femme était de capturer l’éphémère et le pouvoir évocateur du parfum de ces livres. Cette découverte n’est pas bien surprenante pour les amateurs de parfums que nous sommes, qui savons bien que l’odeur, qu’importe d’où elle émane, participera toujours au fait que seront gravés dans notre mémoire une atmosphère et tous les détails concomitants.

Vous pouvez lire l’article entier sur le sujet ici.

8 commentaires

  1. Luca Turin parlait de ce rapprochement pour “Dzing”, que la vanille y prenait des allusions de carton et de librairies.
    * J’ai un livre sur le tarot de Marseille, il y a 3 jours en l’ouvrant le souvenir d’un autre livre se télescope : c’est le souvenir d’une bible format mini, qui sent l’eau bénite, et au papier “bible” si fin qu’il faut décoller les pages. Le précédent possesseur du livre de tarot était pieux au point que le livre profane s’est imprégnée de l’eau saline sacrée : drôle non?
    * Ma seconde image évoqué par ce post est le guide de Luca Turin, “mon” livre, que j’ai tant parcouru et usé à y glisser des touches que chaque page sent une odeur déformé d’anciens parfum, et l’odeur de l’ensemble des pages. Cette dernière odeur est une note finale de parfum chypré : moussue verte sèche, mêlée à une vanille subliminale sèche façon papier d’arménie
    (ou même encore un livre des quartiers de paris, où j’avais calé aussi des touches) .
    * (à moins que certains papiers ne prennent automatiquement c’est odeur d’eau bénite)
    * J’imagine les livres consultés par les gens aux mains sales, les traces de doigt, bibliothèque = livre partagé. Je me revois enfant lire un bibliothèque rose en mangeant des brugnons. L’odeur peut parler aussi sur quels types de personnes consultent le livre.

    1. Super toutes ces évocations Julien! Je me retrouve assez bien dans la dernière, l’idée du livre partagé et des traces laissées par les doigts qui ont feuilleté les pages… Moi ce que je préfère aux livres des bibliothèques municipales, ce sont les livres des bibliothèques familles qui passent de maisons en maisons et emportent avec eux toute l’histoire de celles-ci. On retrouve un peu la même sensation pour les livres achetés chez des bouquinistes ou dans des brocantes. Il faut espérer que tous ces trésors ne disparaîtrons pas avec l’internet et les tablettes tactiles!
      Pour ce qui est de ton livre de Lucas Turin, moi j’avais mon petit calepin, dans lequel j’ai glissé des centaines de touches imprégnées… Et c’est comme toi, une odeur chyprée moussue-essence de rose qui est ressortie…

  2. Très intéressant ! Merci de publier des nouvelles parfumées qui sortent un peu du domaine cosmétique pour rejoindre l’artistique ! Cette démarche est intéressante, mais comment va t elle faire pour ne pas se répéter?

    1. Bonjour Eh Andy, je ne suis pas sûre que Miss Morrison ait peur de se répéter… C’est vrai que sur 300 000 livres, il y a un moment ou les mots manquent pour évoquer leur odeurs (c’est un comble pour des ouvrages qui sont remplis de mots justement!). Mais j’ai surtout la sensation qu’elle souhaite transmettre une idée qui lui semble importante avec ce projet : c’est bien l’odeur des livres qui est importante, et l’atmosphère qu’ils créent autour d’eux, pas les mots pour décrire ces odeurs. Elle a de temps en temps des évocations amusantes, mais on tourne finalement souvent autour des mêmes thèmes “smoke” (et ses dérivés) et “sweet” (avec dérivés aussi).

  3. Super intéressant cet article et tellement vrai sur l’odeur intime d’un livre, qui semble ns parler personnellement…Merci de ces infos Poivre bleu ! Je m’empresse de lire l(article de Rachel M.

  4. AAAAhh !!! Quel sujet passionnant !
    Si vous saviez comment ça m’a marqué l’odeur des livres (j’ai toujours été un très grand lecteur ^^)

    Petit, j’aimais beaucoup les Folio Juniors, une odeurs un peu de fumée, qui me rappelle un peu le fond de la Fleur de Cassie ou de la XIIIème Heure. Avec parfois des odeurs de “coccinnelle”.

    Aujourd’hui j’aime beaucoup les Folio (comme de par hasard :p). Je me souviens que cet été, je lisais “Le Théorème du Perroquet” (de Denis Guedj, un livre génial sur les maths, la matière que j’ai tendance à “ne pas apprécier”, pour rester dans l’euphémisme !), et je faisais mes premières ballades olfactives. J’avais mis mes mouillettes de chez Chanel et de chez Frederic Malle dans mon livre et toutes les odeurs se sont à moitié mélangées, puis maintenant, dès que je le ressens, je me souviens de quand je le lisais, le soir, sous la couette, avec la lumière jaune qui m’éclairait…

    Voila ! C’est tellement plein de souvenirs !

  5. Parmi mes déguisements préférés on trouve le rat des bibliothèques! J’ai toujours aimé “renifler” les livres avant, pendant ou après les avoir lus. Je m’enivre facilement de leurs odeurs aigres, poussiéreuses, un peu moisies, boisées ou vanillées, selon la “cuvée”, l’ancienneté de l’ouvrage, les conditions de conservations, le papier et l’encre utilisés…Cette initiative titanesque m’intéresse donc au plus haut point car je m’y retrouve complètement

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