Van Cleef & Arpels : Midnight in Paris

Midnight in Paris – Van Cleef & Arpels

La nouvelle coqueluche des parfumeries c’est lui. Le nouveau parfum d’homme pour les femmes, c’est lui. Le nouveau chef d’oeuvre d’Olivier Polge, c’est lui. Va-t-il détrôner Dior Homme dans le coeur de ces dames ? Menons l’enquête ensemble…

Dans la famille Van Cleef & Arpels, je demande les fondateurs de la dynastie : First et Van Cleef & Arpels pour Homme. Le couple qui fit entrer le joaillier dans l’univers des parfums avait de bons gènes et a posé les bases nécessaires pour créer une image de marque et une clientèle fidèle. La génération suivante fit partie des bons élèves, mais n’imprégna ni les esprits, ni les vêtements. Alors, le couple fondateur décida de capitaliser sur les valeurs sûres pendant quelques temps… Puis les derniers nés sont arrivés. On mit beaucoup d’espoirs sur leur épaules, et le résultat fut désespérant : une bande de garnements à l’entendement médiocre et à l’esprit parfaitement insouciant. Ils dilapidèrent le patrimoine parental dans les bijoux clinquants, les iPhone et les gros 4×4 inutiles et polluants. Bref, des écarts de conduites que l’on aimerait bien vite oublier. Dans ce contexte familial, à vrai dire, on ne savait plus trop à quoi s’attendre.

Et la direction a décidé de tenter l’impossible : redorer le blason des Van Cleef & Arpels (tout de même, pour un joaillier c’est plus classe!). Pour cela, ils ont décidé de bousculer les codes et de faire appel à un jeune maître répétiteur fougueux, mais aux références impeccables, j’ai nommé : Olivier Polge. Celui-ci fut accompagné par une gouvernante expérimentée qui l’avait déjà côtoyé par le passé : Domitille Bertier. Avec Midnight in Paris, un souffle de renouveau est enfin apporté à la descendance de la dynastie qui commençait légèrement à nous ennuyer avec ses rejetons incontrôlables…

On se demande si Domitille Bertier n’a pas composé pour une femme dans son coin et Olivier Polge pour un homme dans le sien, tant ce parfum mêle les codes, brouille les pistes, et perturbe le consommateur habitué à ses codes olfactifs et visuels bien définis. On ne va pas vous refaire le couplet sur l’intersexualité des parfums, ce concept existe depuis de longues années en parfumerie de niche. En revanche, c’est un élément assez intéressant pour être relevé dans le cas de ce parfum, tant cette androgynie est marquée et inhabituelle pour un lancement grand public.

A l’observer de plus près, rien de bien surprenant, les matières et l’univers olfactif choisis laissent l’esprit libre de choisir son camp. Le départ propret et lessiviel est certes typiquement masculin, mais s’enclenche vite sur une bergamote douce et à peine aromatisée par une pointe de lavande et de romarin. La suite est presque exclusivement une valse sensuelle de baumes et de bois, qui s’enchevêtrent et s’entrelacent de la manière la plus souple qui soit. Une forte dose de coumarine (principal constituant de la fève tonka) arrondit les angles des bois fumés, qui reposent sur un lit de baumes doux et sensuels (benjoin, styrax, labdanum). La note coumarine est si importante qu’elle apporte sur toute l’évolution du parfum une sensation poudrée très ample qui semble se maintenir en suspension sur la peau. L’impression générale oscille entre cet effet poudré, légèrement fumé et surtout très baumé, qui ne veut visiblement pas choisir son camp. Et c’est tant mieux !

La marque a visiblement voulu communiquer sur une note de muguet, que je traduis personnellement par une impression de fraîcheur qui dure, de “matière froide” un peu métallique (peut-être un aldéhyde). L’essence de muguet n’existant pas en parfumerie, sa retranscription dans un parfum est inévitablement synthétique, et donc subjective. Cela dit, cet élément participe sûrement à la féminisation de Midnight in Paris.

Le goût d’Olivier Polge pour les notes poudrées et androgynes se voit ici confirmé par ce nouvel opus, qui dans la lignée d’un Dior Homme et de son iris ambré vanillé, place la barre vraiment très haut. C’est sans aucun doute l’un des meilleurs lancements de l’année 2010, une nouveauté qui met du baume au coeur, qui fait plaisir à sentir, tant l’on a besoin, il est vrai, d’originalité et de qualité dans la parfumerie aujourd’hui. Bien que Van Cleef & Arpels n’ait pas le rayonnement international d’une marque comme Dior, ce parfum participera, je l’espère, à son développement et à l’élargissement de sa clientèle. A condition de bien savoir en parler, il plaira sûrement autant aux hommes qu’aux femmes.

Et pour répondre à la question de départ, j’ai toujours pour ma part une très légère préférence pour Dior Homme, dont le sillage est plus présent, mais je n’ai aucun mal à alterner entre les deux.

NDLR : Ayant eu la chance d’avoir un peu plus de précisions sur la création de ce parfum, il me faut replacer les rôles à leur juste place. L’idée originale de ce parfum vient de Domitille Bertier, et c’est finalement Olivier Polge qui a pris le rôle du gouverneur et non l’inverse ! L’idée de fond de l’article ne change évidemment pas !

8 commentaires

  1. Chère Poivre Bleue, Bravo pour cette jolie description! Cela me donne envie d’aller un de ces jours le déposer sur ma peau. je l’ai testé, ce minuit parisien, sur mouillette, et franchement je n’ai pas senti grand chose, si ce n’est un cuir léger. Mais je crois qu’il faut l’essayer sur peau, sans doute. En revanche je voulais vous demander votre avis sur la tenue, mais aussi surtout sur son sillage: ce parfum se développe-t-il bien, ou reste-t-il discret, parfum de peau?

    Au passage je salue l’organisation nouvelle de votre blog, c’est très classe, et beaucoup plus pratique. Bonne soirée !

    1. Bonsoir Eh-Andy,
      Merci pour les compliments! C’est toujours agréable!
      Pour vous répondre, je dirais que la tenue de Midnight est vraiment très bonne (une journée sans problèmes), mais qu’en revanche c’est un parfum plus discret que d’autres, comm je l’évoquais à la fin en comparaison de Dior Homme. Midnight est plus sourd, plus intime, mais développe tout de même une belle aura. Je le trouve, pour cette raison, très agréable et très raffiné. C’est tout à fait le genre de parfum que l’on aura plaisir à sentir dans le cou de l’être aimé!

  2. Il est en effet assez peu “présent” mais c’est un peu le lot des parfums qui épousent la peau. Il existe une version plus intense que la marque n’a pas souhaité vendre en France mais pour le coup, nous tenons là une pépite de ce millésime2010 un peu tristounet …

    1. Tiens, je ne savais pas qu’il y avait une version plus intense! Il faudra trouver moyen de le sentir peut-être. En tout cas, parfaitement d’accord avec toi : une vraie pépite à faire découvrir et à encourager!

  3. ohoo, ça me donne envie de la sentir cette version intense ! Savez-vous si elle doit arriver chez nous plus tard, pour nous réveiller quand on aura trop oublié d’acheter l’eau de toilette, ou qu’elle ne viendra jamais à nous ? savez-vous où elle est vendue ? Tout ça me donne quand même bien envie d’aller flairer du côté de l’un comme de l’autre

    1. Eh-Andy, malheureusement je n’ai pas d’informations plus précises au sujet de la version intense. Mais commencer par l’eau de parfum vendue en France est déjà sûrement une bonne étape! 😉 L’avez-vous sentie ? Si oui, qu’en pensez-vous ?

  4. Bonjour !
    Je suis allé récemment sentir cette merveille – sur mouillette – et ce fut un coup de foudre, pour cette nuit étoilée.
    La fragrance est à la fois délicate et profonde, une attaque très fraiche, un fond très envoûtant. Un cuir très léger.
    Autre point positif : le flacon est magnifique.
    Très loin de l’austérité des Guerlain (on aime ou on n’aime pas cette originalité).
    Je ne puis malheureusement rien dire sur sa tenue sur la peau mais espère bien pouvoir le découvrir par moi même (t’as entendu Papa Noël ?!).

    1. Bonjour Gammaglobuline,

      En effet, sur la peau c’est vraiment autre chose! Il vous faut absolument l’essayer! Si vous repasser par un parfumerie prochainement, n’hésitez pas!

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