Thierry Mugler : Alien

Voici à peu près 2 ans que je me tourne et me retourne le cerveau pour savoir comment rendre fidèlement hommage à ce parfum qui deviendra mythique et qui creuse son trou dans le paysage olfactif actuel, lentement mais sûrement. Alien c’est l’alliance d’une lumière, d’une texture, d’une atmosphère qui se partagent entre le présent et le futur. Cette sensation est bien sûr apportée par l’univers du créateur qui a toujours été ancré dans cette approche décalée du corps de la femme : technologique, sensuelle, avant-gardiste. Mais pas seulement : la majeure partie de ses parfums (pour ne pas dire tous) recherche ces mêmes attributs dans la construction, les matières et les effets. Ainsi, rien de surprenant à ce qu’Alien réponde aux mêmes critères. Dominique Ropion, le génie qui a planché sur cet opus avec Laurent Bruyère a sorti de son chapeau une création dont l’empreinte marque de plus en plus les esprits.

Et en effet, à le regarder à la loupe, on n’est pas déçu. La formule est simple, et la construction limpide, ce qui aurait tendance à manquer dans certains lancements de ces dernières années. Premier bon point. Mais une construction simple ne veut pas dire parfum pauvre ou ennuyeux, tout simplement parce que cela permet de sublimer les composants du parfum. Et concernant les matières premières, sur Alien, les parfumeurs n’y sont pas allés de main morte. Celles-ci sont ultra-riches et multi-facettes : ambre, jasmin sambac, cashmeran et salicylates. Pourquoi faire compliqué il est vrai : en choisissant l’une des plus belles variétés de jasmin on obtient un splendide effet “réel” de fleur fraîche à la vaporisation, qui sera suivi sur la peau par un déploiement sensuel et suave. Le jasmin faisant partie des fleurs dites “solaires”, il déploie des aspects solaires  (notes rondes, riches et un peu grasses) qui vont être renforcés par les salicylates, ces molécules chimiques qui viennent appuyer cet effet solaire et lumineux. Mais finalement le plus remarquable dans Alien, c’est sa diffusion et son aura surdimensionnée. Il fait partie de cette catégorie de parfums qui vous précèdent et qui persistent dans les endroits visités par vous de longues minutes après.  Cet effet est produit par un composant faisant partie de la catégorie des “bois ambrés”, ce sont des bois de synthèse aux propriétés de tenue et de diffusion bien particulières car très puissantes. Généralement, seule une petite quantité dans la formule permet de donner au parfum un sillage “normal”, or dans le cas

d’Alien le cashmeran a été surdosé ce qui a apporté au jus une texture dense et une vraie puissance. Seulement, le cashmeran est une matière à l’effet particulièrement sec et incisif, c’est pourquoi on y a rajouté un liant : l’ambre qui vient arrondir les angles et donner plus de rondeur à l’empreinte de cette création.

Alien est un de mes parfums préférés car il est simple, lisible, reconnaissable dès le premier effluve, et aussi parce qu’il sort légèrement du schéma traditionnel : Tête, Coeur, Fond. Passées les 5 ou 10 premières minutes il cesse d’évoluer et il faut alors aborder le parfum comme un prisme. Un prisme parce qu’il  se présente sous les angles : jasmin-cashmeran-ambre et aussi parce que la lumière qui y entre est diffractée et en ressort dans des tons bleus, violets, parmes, rouges, roses… Oui, l’effet est résolument technologique.

Un effet technologique qui partirait d’un élément naturel et serait encapsulé dans une armure moderne : comme un cyborg. On retrouve d’ailleurs cette correspondance dans plusieurs des créations de M. Mugler. Le chemin n’est plus très long pour en arriver aux évocations futuristes telles qu’on a pu les connaître dans les histoires de science-fiction comme Ghost in the Shell. L’héroïne Motoko Kusanagi est pour moi cet Alien, cette femme-machine troublante, parcourant une ville qui n’en finit jamais, un peu comme le sillage d’Alien… Cette création s’inscrit pour moi parfaitement dans l’univers des parfums Mugler qui sont d’une rare cohérence. Elle venait répondre à Angel dans un registre tout autre et a précédé Womanity qui s’est à son tour démarqué en attaquant un autre terrain, encore une fois. Vivement la suite !

9 commentaires

  1. Tu retrouve ta plume et l’entousiasme qui va avec, pour un parfum que l’on aurait tendance à ne pas vouloir voir à sa juste valeur, que tu dévoile avec justesse. C’est pertinent, exact et très bien vu ! Et personnellement, j’aime le fait de montrer ce qu’il y a d’intéressant dans un parfum de grande diffusion. Bravo !

    1. Merci pour les compliments Thierry !
      Et nous sommes bien d’accord : il faut défendre les réussites et les beaux parfums qui sortent en mainstream, car contrairement à ce que l’on pense, il y a toujours des belles choses à attendre de cette parfumerie! Tirons-là vers le haut!

  2. Alien c’est une bombe ! La première fois que je l’ai senti, j’étais très étonnée de sentir un parfum accessible. Comme le disait Vera, après Angel, il fallait surprendre par une note consensuelle. Qui n’aime pas l’ambre ? Mais le traiter de cette façon, avec cette modernité et surtout sa puissance, ça c’était novateur. Car Alien est un monstre sacré point de vue construction. Comme tu le dis, Poivre Bleu, gavé de muscs, bois ambrés et très monolitique : du premier au dernier sniff, il ne bouge pas ! Génial pour la vente, non ?
    Pour ma part, je le préfère en dérivés (crème pour le corps ou huile de bain), si on apprécie sa note tout en aimant la discrétion, c’est mieux ! 😉
    Merci pour ce papier.
    LMLP

    1. Bonjour LMLP,
      Oui moi aussi j’adore les dérivés (surtout la crème, mais je n’ai pas encore utilisé l’huile pour le bain, à tester!) que je trouve vraiment bien faits et très innovants comme la plupart des produits de soin et de toilette chez Mugler.
      En tout cas, je trouve ça vraiment intéressant d’avoir un parfum moderne qui sort vraiment du schéma classique, surtout lorsque l’on connaît l’importance de la “tête” dans la parfumerie de nos jours!
      Alien est à porter avec parcimonie il est vrai, mais fait toujours son petit effet !

  3. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce post sur Alien que j’aime tant .
    La comparaison futuriste est très bien vue . Je comprends mieux le choix du nom de ce parfum mais franchement ce nom , ça a plutôt tendance à rebuter , non ?
    Une anecdote sur son sillage : je reçois l’autre jour un SMS de ma fille qui me dit : Maman, ça sent Alien devant l’ordi ! Alors que j’étais partie depuis une bonne demi-heure déjà .Et je vous jure ne pas avoir mis plus de 2 pschiits et ne pas avoir aspergé le clavier ni l’écran !!

    1. Bonjour Julita,
      Je suis contente que le billet vous ait plu. Je suis d’accord avec vous sur le nom, j’ai eu du mal au début, quoique le pire pour moi c’était vraiment la communication, que je trouvais assez vilaine. Mais je comprends effectivement mieux le nom aujourd’hui, parce que je trouve la fragrance très cohérente avec cette idée du futurisme.

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