Guerlain : Insolence ou l’Empire LVMH

J’ai longuement hésité à écrire sur le dernier parfum de Guerlain : Insolence. Je dois en effet admettre que je n’ai pas beaucoup de choses positives à dire sur lui. En vérité, cette dernière création est l’aboutissement d’une nouvelle politique chez Guerlain, amorcée sous l’impulsion de LVMH qui a racheté la maison définitivement en 1996. (LVMH avait acquis 14% des parts en 1987). En 1996, sort Champs-Elysées, le premier parfum Guerlain a ne pas avoir été composé par un membre de la famille. En vérité, la création reste dirigée par Jean-Paul Guerlain, jusqu’en 2002, date de son départ. C’est à partir de cette date me semble-t-il que la création chez Guerlain a pris un tournant. Avec L’Instant, et plus récemment Insolence, Guerlain s’inscrit à son tour dans un tendance moderne, et sûrement très éphémère…

L’Instant conserve, je trouve, une signature particulière, ce qui lui a permis de garder un certain prestige. Mais Insolence, conçu pourtant par le même parfumeur : Maurice Roucel, m’a totalement dépitée. Le choix a été fait de créer un parfum facile, scintillant, superficiel et surtout excessivement aisé à vendre… Un parfum pour le plus grand nombre, pour faire du chiffre, pour plaire plus que pour toucher. On le voit d’ailleurs très bien dans le choix d’une actrice hollywoodienne (Hilary Swank) pour être l’égérie du parfum. Je n’ai rien contre les actrices, d’Hollywood ou d’ailleurs, mais je ne vois rien d’audacieux ou de pertinent dans ce choix, étant donné que Charlize Theron est actuellement l’image de J’adore de Dior, l’écho est trop visible. Ce qui me désole le plus, ou ce qui me fait le plus peur, c’est l’impression que Guerlain est sur une très mauvaise voie, qui va lui faire perdre son prestige et son raffinement. D’un autre côté les créations de “L’art et la matière” sont une réelle réussite (Cuir Beluga, Rose Barbare, Angélique Noire, Bois d’Arménie) et les éditions limitées Plus que Jamais Guerlain (maintenant accessible en édition classique) et Nuit d’Amour (à paraître prochainement en édition classique) sont aussi des perles rares. Où donner de la tête? On est intensément déçue et en même temps chaleureusement réconfortée. Il faut tout de même noter que les exceptions et les réussites citées plus haut se vendent désormais très cher, et ne sont pas (ou plus) accessibles à toutes les bourses, ce que je trouve assez dommage.

Il est toujours facile de critiquer, mais je ne peux pas comprendre un tel virage de la maison, qui j’en ai peur va perdre en qualité… Cette Insolence n’en est pas une, c’est un bonbon à la violette enfariné qui ne se place pas plus haut que Miss Dior Chérie. La seule vrille (on ne parle plus de pyramide mais de spirale) agréable est la tête : Framboise/Pulpe de fruits rouge. Les deux autres “vrilles” se composent comme suit : Violette/Rose/Fleur d’Oranger ; puis : Iris/Fève Tonka/Résine.
Je dois reconnaitre qu’ Insolence marie deux matières premières avec lesquelles j’ai régulièrement du mal : la violette, et l’iris. Certes, cette impression négative ne vient peut-être que de moi, et je ne rends certainement pas hommage au travail de Maurice Roucel. Cependant, pour en avoir discuté autour de moi, je ne suis pas la seule à ne pas aimer ce parfum commercial peu raffiné destiné à plaire à la première venue. J’ai deux choses à souligner : le parfum se vend très bien, on le sent tous les 10 mètres dans la rue, et il a une note bien à lui qui ne s’oublie pas! Note qui pour ma part me dérange affreusement.
J’espère seulement que ce passage délicat n’est qu’un passage et que l’on aura le plaisir de sentir à nouveau un Guerlain à la prochaine création!

Sources : OsmoZ, Guerlain

7 commentaires

  1. Bravo pour cet article ! Enfin quelqu’un qui ose dire que la maison Guerlain prend un fâcheux tournant ! Je n’aimais déjà guère l’Instant, je trouve Insolence ( oui d’une certaine manière s’en est une ! ) encore plus déplorable ! Où est le raffinement d’antan ? On ne peut pas longtemps tromper un nez ! Ces deux derniers Guerlain n’en sont justement pas !
    La politique marketing du parfum de ces dernières années est tout à fait catastrophique et pas seulement pour Guerlain malheureusement !
    Ce qui fait que nos années 2000 restent d’une pauvreté olfactive décourageante comparées à tout le 20ème siècle en parfumerie ! où sont les merveilleuses créations d’avant guerre, puis les sublimes compositions des années 50 et du new look, les exceptionnelles fragrances des années 70 où régnait une réelle créativité ( J’ai osé, Empreinte, 7ème sens..)! Quel souvenir olfactif laisseront nous ? Des odeurs basiques et reconnaissables ! On sent la pomme , la fraise, la banane ou la violette ! C’est lamentable ! On cherche aussi à rendre le nez paresseux ! Plus aucun parfum un peu complexe ne pourra être apprécié si l’on continue ainsi avec toutes ces odeurs clinquantes et faciles au fond un peu quand même style” Star académie” ! Est-ce donc cela notre air du temps ? Si oui, il est assez irrespirable !

    ***Pavlova***

  2. Je suis d’accord avec l’article et le premier commentaire. Je pense de plus qu’on ne peut pas ne pas parler du flacon qui est vraiment réussi. J’ai d’ailleurs croisé des femmes qui l’ont acheté pour ca, et qui maintenant serrent un peu les temps pour supporter le parfum qui peut être très insupportable.

  3. maintenant accessible en edition classique, je n’ai pas toutn à fait saisi ce point précis. à part cela, bilet très intéressant, comme souvet ! merci et continue !

  4. “insolence” est à Guerlain ce que ut ‘Trésor” pour Lancôme. Un produit “cash machine”.
    un article sur abc-luxe ou fashionmag, du début de l’année 2008 exposait la proportion du prix relatives à la fabrication/packaging et la part distribution. Désolant d’apprendre que 10 à 15% du prix correspond au jus.

    Enfin la création des séries limitées/collector, savoir faire “artisanal” et matières premières de très grande qualité est la réponse à l’expansion des gammes vers le bas. Le mauvais produit jusitifie l’existence du produit extra-ordinaire. Les prix s’envolent (185€ le premier prix des séries limitées!!), le marché est tenu dans tous ses segments et micro-niches. quand la “finance”
    s’occupe du Commerce…..

    Pour ma part, je reste accro à “Mitsouko” sans regret 😉

  5. quel snobisme dans ces commentaires, c’est MON parfum, j’étais depuis trente ans adepte de l’heure bleue et Insolence l’a définitivement remplacé. A lire les articles, on croirait que Guerlain va terminer dans les boutiques Y Rocher ! N’importe quoi !
    On continuera a être empesté de Mitsouko ou de jardin de bagatelle, de Shalimar ( c’est l’hiver et l’époque des vieilles dames qui ressortent leurs vielles fourrures et leur vieux flacon de Shalimar , pouah ) dans les transports en commun …
    Mesdames, un peu plus de modestie !

    1. Je suis d’accord avec vous.
      Mon parfum c’est l’heure bleue depuis longtemps, entre autres, et je porte Insolence qui est complètement addictif et joyeux. Moins lunaire, moins intimiste, moins mélancolique aussi… Il me donne la pêche le matin pour affronter la journée. Ses notes “crissent” un peu parfois et il dérange aussi parfois… Il porte bien son nom !

  6. Ma première impression à la sortie d’Insolence a été la même que les votres. Il faut admettre avec le recul que ce parfum est bien plus fidèle à la tradition Guerlain qu’il n’y paraît, surtout quand on prend le temps de redécouvrir Après l’Ondée, dont il est la réécriture modernisée. Il est difficile d’être objectif sur un parfum quand on n’aime pas son composant principal, dans le cas présent la violette, mais je suis pour la part tombée sous le charme de cette création de Maurice Roucel et pourtant j’ai porté et porte toujours l’Heure Bleue, Mitsouko et Shalimar. La tenue et le sillage sont quant à eux incomparables.

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